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Ils parlent de nous...
Dans le dernier CB News (14 novembre 2006), un dossier consacré à la com écrite fait la part belle à Angie (article sur les rapports annuels). Cliquez ici !
Table des matières
Veille nov. 2006
1 L’édition française entre dans la bataille contre Google (Le Monde du 27/10/06)
Après l’Association des éditeurs américains et la Guilde des auteurs aux Etats-Unis, la Börsenverein en Allemagne et les éditions La Martinière en France en juin, c’est au tour du Syndicat national de l’édition (SNE) d’intenter une action en justice contre Google à propos de son immense projet de numérisation d’œuvres littéraires.
Le syndicat, qui représente plus de 90 % des éditeurs français, attaque la firme de Mountain View pour contrefaçon et atteinte au droit de la propriété intellectuelle. Il précise qu’il "intervient volontairement, aux côtés du groupe La Martinière, dans la procédure engagée le 6 juin 2006 contre Google Inc. et Google France sur le fondement de la contrefaçon de droit d’auteur et pour la défense de l’intérêt collectif de la profession", et réclame 500 000 euros de dommages et intérêts pour chaque infraction constatée. Selon le syndicat, ce seraient plusieurs milliers d’ouvrages qui seraient concernés sur le site recherche de livres de Google.
Le projet "Google Print" de numérisation de bibliothèque virtuelle, lancé en octobre 2004, a immédiatement séduit et effrayé : séduit une majorité d’internautes et effrayé la quasi-totalité de la profession, mais également les défenseurs de la diversité culturelle. En tête, le président de la Bibliothèque nationale de France, Jean-Noël Jeanneney, qui déclarait à l’époque :"Il me paraît inévitable, dans la hiérarchisation de l’offre, de retrouver à la première place la culture anglo-saxonne. Souhaitons-nous un monde unipolaire ou multipolaire ? Dans mon esprit, il ne s’agit pas de constituer un binôme US/UE. D’ailleurs, des projets de numérisation sont déjà en marche en Inde, en Chine et dans le monde arabe."
Protestations et contre-projets (EDV pour la communauté européenne, A9 pour Amazon, etc.) n’y ont rien fait, Google a poursuivi la numérisation d’œuvres dont les droits sont, selon le groupe, "tombés dans le domaine public". L’affirmation est mensongère, rétorquent lescl éditions La Martinière et le SNE, qui soulignent que le service de recherche de livres donne également accès à des extraits d’œuvres sous copyright : "Dans le cadre des accords conclus entre Google et de grandes bibliothèques universitaires anglo-saxonnes, le moteur de recherche a numérisé, outre des ouvrages du domaine public, des œuvres protégées et donne accès à de multiples extraits de ces œuvres à partir du système général de recherche ’Google Recherche de Livres’ sans autorisation des ayant droits et donc au mépris des règles fondamentales du droit de la propriété intellectuelle."
Selon Hervé de La Martinière, près d’une centaine de titres des différents catalogues de trois filiales du groupe (Le Seuil, Abrams et Delachaux & Niestlé) ont été numérisés sans demande d’autorisation préalable. "Si nous l’emportons, nous réclamerons 1 million d’euros de dommages et intérêts et 100 000 euros d’astreinte par jour et par infraction", a-t-il souligné. De son côté, le président du SNE, Serge Eyrolles, exige"l’arrêt immédiat de la numérisation de ces œuvres ainsi que la suppression de tous les ouvrages diffusés par Google sans autorisation", et demande 500 000 euros de dommages et intérêts par infraction constatée. Verdict attendu début 2007.
2 Quels défis pour les médias en ligne ? (Le Monde du 05/10/06)
L’intégralité du débat avec Francis Pisani, journaliste indépendant, auteur du blog Transnets, mardi 3 octobre 2006
Camo : Les médias en ligne sonnent-ils le glas de la presse "papier" ?
Francis Pisani : Bien sûr que non. Mais bien sûr que la presse papier a intérêt à faire attention. L’essentiel du changement ne vient peut-être pas de la technologie, mais plutôt de la participation qu’elle rend possible. La participation se mesure dans la production, qui est une dimension essentielle des médias. On la retrouve dans l’organisation, par exemple avec des sites comme Netvibes qui permettent d’organiser des fragments de site ou de blog. Elle se mesure dans l’utilisation des tags qui permettent au lecteur de mettre des étiquettes sur des articles. Et ainsi d’avoir une organisation totalement différente de celle prévue par le rédacteur en chef.
Mais l’essentiel, je le répète, c’est surtout la relation avec l’audience. Deux exemples : la BBC et Le Monde.fr, parmi d’autres, ont recours à des photos prises par des lecteurs, et ce que je crois le plus important, c’est que tout ceci invite à remettre en question la fonction du journaliste et sa position.
En gros, l’information est accessible à tout le monde à tout moment, il faut être plus humble. Nous n’avons plus le monopole de l’accès à des informations difficiles à trouver. Mais nous pouvons peut-être servir à quelque chose. Il va falloir inventer.
Jean-Claude : Pensez-vous que la presse en ligne américaine est beaucoup plus avancée que la presse en Europe ?
Francis Pisani : Oui. Elle accepte le monde en ligne depuis plus longtemps. Je crois me rappeler que le premier site de journal à avoir eu un contenu intéressant, c’était le San José Mercury News, au cœur de la Silicon Valley, dès 1993 ou 1994. Mais c’était l’époque où l’on mettait simplement le contenu du quotidien.
Ils ont ensuite fait un effort pour trouver des modèles d’adaptation au rythme des 24 heures multipliées par 7, la formule américaine pour dire qu’il y a tout le temps de l’actualité et qu’on ne peut plus attendre ce qu’on appelle la "deadline", le bouclage une fois par jour. Et pour prendre le dernier élément en date, le New York Times et le Washington Post viennent d’ajouter des liens vers les commentaires sur les articles qu’ils publient.
Si je fais un billet sur mon blog sur un article d’un de ces deux journaux, on peut le retrouver en théorie, parce qu’il est indiqué à côté de l’article lui-même sur le site du journal. Mais je voudrais signaler que des journaux non américains ont des sites tout à fait à la pointe. Clarin.com en Argentine a choisi une organisation en fonction de l’actualité immédiate, et non plus en fonction des sections, ce qui est dans la logique du Web.
Elmundo.es a ouvert le chemin en termes d’infographie et de multimédia il y a plusieurs années déjà. Et je cite un dernier site espagnol : 20minutos.es, qui fait apparaître le nombre de commentaires écrits après chaque article sur la page d’accueil et permet à ces commentaires d’intervenir, de jouer un rôle dans la place des articles sur la page d’accueil.
Silva Pinto : Voyez-vous un rapport entre médias en ligne et citoyenneté ?
Francis Pisani : Oui, bien sûr, il est essentiel. On peut le prendre de deux façons : d’une part, en tant que journaliste, j’espère que des médias et l’accès aux informations jouent un rôle essentiel dans la vie du citoyen dans ce qu’il fait, décide et pense. Le second point, c’est que le média en ligne permet la participation directe, immédiate, constante, pointue, c’est-à-dire qu’on ne reçoit plus l’information, on peut en donner, on peut la commenter, on peut la faire circuler.
Et le phénomène le plus extraordinaire à mes yeux, c’est que le nombre de gens qui conçoivent les choses de cette façon est relativement important, et qu’il augmente.
Olivier_S : L’info en continu de demain ne sera-t-elle pas finalement constituée de la consolidation des flux de différents blogs ? C’est-à-dire un journalisme de terrain, par des acteurs totalement indépendants ?
Francis Pisani : Il y a deux façons de prendre le problème. La première tient au début de la compréhension de ce rôle de la participation et à l’enthousiasme suscité il y a deux ans par le journalisme citoyen. En gros, on n’a plus besoin de journalistes professionnels, toute personne qui va sur le terrain, qui dispose d’un téléphone avec un appareil photo, peut mettre en ligne des informations qui échappent souvent aux journalistes. L’exemple le plus connu, c’est que la seule photo prise dans le métro de Londres le jour des attentats en juillet 2005 a été prise par un passager du métro.
Donc il y a des sites qui se sont créés en pensant que les citoyens, avec ces moyens, pouvaient faire des journaux. L’exemple le plus utilisé était le site coréen ohmynews.com, qui a joué un rôle essentiel lors de la dernière élection présidentielle coréenne. Mais en fait, ohmynews est la collaboration entre quelques dizaines de journalistes et quelques dizaines de milliers de citoyens, et maintenant on se dirige vers des formules mixtes, la dernière en date s’appelant newassignment.net. Elle a la caractéristique d’être la rencontre de journalistes professionnels, d’éditeurs professionnels, de citoyens et d’organisations non gouvernementales ou qui n’ont pas comme but de faire des bénéfices, parce qu’une des questions posées par cette évolution du journalisme, c’est son mode de financement.
Olivier_S : Quel est le modèle économique qui émerge dans le secteur des médias ?
Francis Pisani : La première chose à comprendre, c’est qu’à mesure que la proportion des visites sur un site en provenance d’un moteur de recherche augmente, l’ouverture est de plus en plus conseillée. Je m’explique : si on a un site fermé parce que payant, on n’est pas enregistré par un moteur de recherche, donc on perd une proportion importante du trafic, on n’est pas cité par les blogs, on n’existe pas. J’exagère en disant cela, mais dans la compétition pour la présence en ligne, on s’attache les pieds. Donc la grande ligne, c’est qu’une partie très importante du contenu doit pouvoir être recensée par les moteurs de recherche, les blogs doivent pouvoir mettre des liens y renvoyant, pour que l’auditeur, le lecteur, l’internaute puissent les trouver. C’est donc radicalement contre la formule de l’abonnement et de la fermeture, en tout cas si on l’applique à la totalité du contenu.
Cela étant, comme rien n’est simple, il faut ajouter que Google vient d’ouvrir un service d’archives de Googlenews, et que dans ce service d’archives, à côté des sites de journaux qui sont ouverts, on trouvera l’accès à des archives normalement fermées, comme le New York Times au bout d’une semaine, ou comme le Wall Street Journal dès la première minute.
On peut en tirer deux conclusions : la première est que cela confirme la règle : il faut être ouvert, d’une façon paradoxale ; et la seconde est que, ayant compris cela, certains journaux, qui privilégient l’abonnement, essaient de trouver des formules qui ne les obligent pas à s’ouvrir. C’est le champ sur lequel cette bataille va se livrer dans les prochains mois.
Eric-Baillargeon : Que pensez-vous de l’affaire Google vs CopiePresse ?
Francis Pisani : En tant que lecteur, si j’apprécie en premier lieu la possibilité de choisir mes sources, je dois reconnaître qu’un site qui me permet de les regrouper facilement est très utile. Deuxièmement, d’une façon générale, et en fonction de ce que j’ai dit tout à l’heure sur la visibilité, je pense que la politique la plus intelligente consiste à s’ouvrir et à accepter l’indexation. Dans le détail, le problème pour les journaux, c’est qu’on accède directement à une page avec un article sans passer par la page d’accueil. C’est un problème pour le rédacteur en chef, pour les publicitaires qui se limitent à la page d’accueil, mais quand on aura une publicité abondante et bien répartie, j’ai du mal à comprendre où sera le problème.
En Europe, et notamment en France (je fais un clin d’œil en direction des livres), on a tendance à penser qu’on combat avec des murs ; la logique de l’Internet est au contraire de combattre avec des flux. Je suis donc convaincu qu’il faut être le plus ouvert possible, et produire le plus possible. Eventuellement il serait bon de trouver des moteurs de recherche plus performants, mais ce n’est pas en s’opposant qu’on peut arriver à faire face à la puissance de Google.
Si le plus grand défi avec Google c’est sa logique de flux, l’autre point sur lequel ils sont vraiment difficiles à battre, c’est la puissance de leur infrastructure. Il est aujourd’hui pratiquement inconcevable, dans un délai raisonnable, d’avoir autant de serveurs liés par autant de tuyaux de lignes à haut débit que Google, et donc de pouvoir leur faire concurrence.
lola_84 : Pensez-vous qu’une information a besoin d’être analysée avant d’être donnée au public ? Et justement ne pensez-vous pas que le Web ne prend pas assez de recul sur l’actualité ?
Francis Pisani : Le problème des journalistes professionnels, c’est qu’il leur arrive de se tromper. Dans certains cas, il leur arrive de mentir, de ne pas être aussi sérieux qu’on le croit, et je tiens à préciser que je me mets dans ce paquet général. On peut se tromper, on n’est pas toujours sérieux. Et cela contribue à une crise de confiance qui préexistait à l’arrivée des technologies en ligne, et qui joue un rôle considérable. Cela étant, il y a des règles du métier, une pratique professionnelle, une éthique, qui toutes peuvent être transmises.
Donc je pense qu’il y a quelque chose à prendre de l’expérience journalistique, et que les citoyens peuvent en bénéficier. Par exemple dans une étude faite par un organisme américain publiée en juillet, il était révélé que moins d’un tiers des blogueurs se considèrent comme des journalistes, mais que 57 % mettaient des liens vers le site auquel ils faisaient référence. Or le lien, ça veut dire au lecteur : vous pouvez aller vérifier. A côté de ça, il y en a 56 % qui vérifiaient en partie leur information. Ce qui est une des bases de la démarche journalistique.
Ensuite, la multiplication des informations erronées ou peu précises est logique si tout le monde se met à balancer des infos sans avoir l’expérience, mais cela ne veut pas dire que c’est mauvais. Ça veut dire que tous les usagers doivent apprendre à chercher auprès de plusieurs sources, à vérifier ce qu’ils disent, à le prendre avec un regard critique. Je crois que nous avons tous intérêt à avoir une telle attitude vis-à-vis des médias citoyens, mais aussi vis-à-vis des médias traditionnels.
Cette question s’adresse plus spécifiquement aux journalistes professionnels qui travaillent pour les médias en ligne. Première règle possible : il faut toujours essayer de vérifier et de réfléchir. Mais le temps de la vérification et de la réflexion se réduit à quelques minutes au lieu de se compter en heures. Cela peut paraître grave, ça l’est peut-être moins qu’on ne le croit si l’on prend en compte l’énormité des informations accessibles instantanément en ligne, la qualité des instruments qu’on a trouvés et le fait que les journalistes connaissent leur sujet.
La dernière facette de cette question, c’est que quand on publiait un article, il restait sur le papier indépendamment de la correction qu’on pouvait éventuellement apporter le jour d’après. En ligne, on peut faire des erreurs, et les corriger en apportant une modification de l’original aussi vite qu’on a fait l’erreur.
Il y a simplement une règle éthique à respecter : laisser la faute originale et mettre la correction tout à côté.
Eric-Baillargeon : Plusieurs médias papier ici au Québec (quotidien, hebdomadaire) utilisent maintenant la vidéo sur le Web comme nouveau moyen de communication sur la Toile. Pensez-vous que ce sera un "incontournable" à moyen terme ?
Francis Pisani : Dans la mesure où la numérisation permet de traduire dans un même langage le texte, le son, les images fixes et les images mouvantes, il n’y a pas de raison que le support numérique ne les utilise pas tous. Donc le multimédia a tout à fait sa place dans l’information en ligne. Il y a la vidéo, mais il y a aussi l’infographie. On peut même concevoir des jeux. Il y a un site qui s’appelle kumawar.com qui essaie de faire comprendre la bataille de Fallouja sous forme de jeu. C’est discutable, mais ça ouvre une porte.
Et une autre façon que je trouve intéressante sur un site, 43places.com, les gens racontent des histoires à partir de cartes Google. Donc en gros, la vidéo a son rôle à côté du texte, et à côté de multiples autres formes, dont certaines restent encore à inventer.
Rockinko : N’y aurait-il pas à l’avenir une fracture, avec d’un côté une information brute et de l’autre une information de qualité encore moins accessible qu’elle ne l’est aujourd’hui, dans le sens où il y aurait une information gratuite mais sans contrôle et une information de qualité bien plus chère et élitiste ?
Francis Pisani : Je pense que c’est une question essentielle. A côté de la fracture numérique, c’est-à-dire celle qui sépare des gens qui ont accès et qui n’ont pas accès, il y a le déséquilibre numérique qui sépare les gens qui ont accès à cette information de médiocre qualité ou qui n’ont pas les instruments permettant de s’y retrouver, des autres.
Mais il y a une différence qui peut venir de l’argent. Les chefs d’entreprise et les dirigeants politiques peuvent s’abonner à des services de tri et d’analyse très sophistiqués. Il y a aussi une différence de générations. Les gens d’un certain âge qui se sont formés à la lecture du papier ou en regardant la télévision ont du mal à se retrouver avec tous les instruments que l’on trouve sur le Web, alors que les plus jeunes, ceux qui sont "nés avec un ordinateur dans leur berceau", font preuve d’une très grande agilité dans la recherche et la vérification de ce flux d’informations. Cela veut dire que le problème est grave aujourd’hui, mais qu’avec le temps il devrait s’améliorer.
Je voudrais signaler qu’il y a déjà des instruments gratuits et relativement simples qui permettent de bien gérer la masse d’informations. A côté de netvibes, il y a sphere.com qui permet de trouver les articles et les blogs traitant d’un même sujet ou renvoyant à l’article qu’on est en train de lire.
Florence Meichel : Le fait de bloguer a-t-il changé votre approche du journalisme ?
Francis Pisani : Absolument. Pas radicalement, mais d’une façon extrêmement enrichissante. La première vertu, c’est que ça permet d’écrire plus naturellement et curieusement, à côté d’une vertu, c’est une ascèse : après quarante ans de métier où l’on fait attention à ce que va dire le secrétaire de rédaction, où l’on fait attention à ne pas choquer les autres personnes qui participent au même journal, on a tout d’un coup la liberté de s’exprimer. Les gens aiment les histoires plus personnelles. Et finalement, j’ai beaucoup de mal à le faire.
Autre qualité : ça m’a obligé à écrire plus vite, et à accorder de l’importance à des dimensions plus personnelles, plus humaines. Je crois que ça permet d’améliorer le journalisme. L’essentiel, c’est la relation avec les lecteurs. Durant pratiquement toute ma vie professionnelle, j’ai écrit de l’étranger par rapport à mes lecteurs, et donc je ne les ai jamais rencontrés.
Avec le blog, avec les commentaires que les internautes mettent sur mes billets, non seulement je les entends, mais ils me font des critiques, des suggestions, ils m’ouvrent des pistes. Et ça enrichit mon expérience. Dernier point : le retour du virtuel sur le monde réel. J’ai rencontré plusieurs de mes lecteurs lors de mes voyages à Paris, et c’est extraordinaire d’établir de vrais dialogues et éventuellement, dans plusieurs cas, de nouer de nouvelles amitiés.
3 L’Européen préfère surfer sur Internet que lire la presse (Le Monde du 10/10/06)
Les européens consacrent désormais plus de temps à surfer sur Internet qu’à lire journaux et magazines sur papier, selon une étude publiée, lundi 9 octobre, dans le Financial Times. En moyenne, les Européens passeraient quatre heures par semaine sur Internet, mais n’en consacreraient que trois à lire la presse, selon l’étude réalisée par le cabinet Jupiter Research auprès de plus de 5 000 personnes, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Le temps passé sur le Web a doublé par rapport à 2003, passant de deux à quatre heures par semaine, tandis que le temps hebdomadaire de lecture est resté stable (3 heures).
La télévision reste toutefois le premier média, les Européens passant trois fois plus de temps à la regarder qu’à surfer sur Internet, selon cette étude. Aux Etats-Unis, en revanche, le temps consacré à Internet atteint 14 heures par semaine, soit autant que celui passé devant la télévision, contre seulement trois heures par semaine à lire les journaux.
La connexion à haut débit accélère cette tendance. La France enregistre le plus fort taux de consommation d’Internet, avec 5 heures par semaine. Sur les 27,3 millions d’internautes français, selon Médiamétrie, 18,6 millions se sont connectés en haut débit en juillet 2006. L’Allemagne est en revanche à l’autre bout de l’échelle.
4 La presse plébiscite les vertus commerciales d’Internet (Le Figaro du 30/10/06)
Les éditeurs estiment que le Web et les téléphones portables sont de formidables supports de promotion.
POUR les éditeurs de presse, Internet n’est pas une menace mais un outil de communication et de promotion. C’est l’un des principaux enseignements d’une enquête sur « les priorités des éditeurs de presse », réalisée par le cabinet Seprem.
Les résultats complets de ce document seront dévoilés le 23 novembre lors du 15e congrès européen de la presse française, organisé par la Fédération nationale de la presse française (FNPF) et dont le thème sera « De l’imprimé à l’écran : à la rencontre des lecteurs, à la conquête des acheteurs ».
Les résultats de l’enquête Seprem seront confrontés, lors de ce congrès, à ceux d’une étude effectuée par Ipsos auprès des lecteurs de presse.
Parmi les 480 éditeurs interrogés au cours du premier semestre par Seprem, 34,7 % d’entre eux citent les nouvelles technologies de l’information (NTIC : Internet, téléphones portables...) comme leur priorité à court terme. Non pas pour s’en servir, à l’image du Monde, du Figaro ou de Libération avec le Web, comme un support rédactionnel complémentaire à la version papier de leur journal, mais comme un important support publicitaire. Ainsi, pour faire la promotion de leur titre, la quasi-totalité (90,9 %) des éditeurs envisage d’investir de plus en plus sur Internet, alors que seuls 24,9 % seulement pensent utiliser davantage les grands médias (affichage, radio, TV, cinéma).
Couplage publicitaire
Mieux, 74,1 % des éditeurs jugent « de plus en plus important » de réaliser des couplages avec des supports électroniques pour accroître leurs recettes publicitaires. En outre, 71,8 % ont déjà eu recours ou envisagent d’avoir recours aux médias électroniques pour assurer la promotion au numéro de leur édition papier ou vendre des abonnements.
Les nouvelles technologies de l’information sont donc loin d’être une menace pour les éditeurs : seuls 9,1 % d’entre eux les considèrent comme leur principal défi. Leur plus grande inquiétude concerne la « problématique de la gratuité de l’information » (30,5 % des éditeurs) devant « l’évolution des contenus rédactionnels » (25,3 %) et « l’obligation de changement de modèle économique » (16,9 %).
Lors de la présentation de cette enquête, François d’Orcival, le président de la FNPF, a rappelé que le chiffre d’affaires de la profession avait atteint 10,6 milliards d’euros en 2005 et que ce chiffre avait reculé de seulement 60 millions en cinq ans. « 2006 sera une année difficile en raison de la baisse de 4 % de la vente au numéro, liée aux difficultés du réseau de distribution », a-t-il prévenu.
5 Aux États-Unis, les quotidiens rattrapent leurs lecteurs sur le Net (Le Figaro du 04/11/06)
La diffusion des grands titres recule, mais la fréquentation de leurs sites explose.
La migration des lecteurs de quotidiens vers les sites Internet des journaux s’accélère aux États-Unis. Conséquences : la fréquentation de ces sites est en forte progression (+ 8 % en moyenne sur les 100 plus grands marchés métropolitains) alors que se confirme l’érosion de la diffusion des journaux sous leur forme traditionnelle. Au cours des six derniers mois, les ventes moyennes des 770 plus grands quotidiens américains ont diminué de 2,8 %. Le semestre précédent, le recul avait été de 2,6 %. Fin septembre, la diffusion moyenne des journaux est tombée à 43,7 millions d’exemplaires ; en 1984, elle culminait à 63,3 millions.
Il semble y avoir une corrélation entre la généralisation de la connexion à l’Internet haut débit et la baisse des ventes dans les grandes agglomérations. Les quotidiens de petites villes et de zones rurales, où le haut débit est moins développé, s’en sortent d’ailleurs mieux, pour le moment.
Les grands journaux cherchent naturellement à développer des formules pour suivre la migration de leurs lecteurs. Le New York Times par exemple affiche une progression de 24 % du nombre de visiteurs de son site quand ses « ventes papier » sont en retrait de 3,5 %.
Restructurations et ventes
D’autres facteurs interviennent cependant pour expliquer la chute de la diffusion de certaines publications. La détérioration des recettes publicitaires de plusieurs groupes de presse a précipité des restructurations et des ventes de titres. Knight Ridder a été racheté par le Californien McClatchy qui aussitôt voulu revendre 12 des 32 titres du groupe. Parmi eux, le Philadelphia Inquirer, désormais repris par Philadelphia Media Holdings. Ces changements consécutifs de propriétaires ont contribué à la chute de 7,6 % de la diffusion du quotidien de Philadelphie.
Les turbulences à la direction du Los Angeles Times, propriété de Tribune Co., défrayent la chronique... et expliquent aussi en partie la chute de 8 % de la diffusion. À la tête de 11 titres, Tribune Co. subit une forte pression de ses actionnaires pour redresser ses performances financières.
Mais toutes les nouvelles ne sont pas mauvaises. Propriété de Rupert Murdoch, le tabloïd New York Post affiche un gain de 5,1 % de sa diffusion. Par ailleurs, plusieurs milliardaires s’intéressent au rachat de titres en déclin. Ancien patron de General Electric, Jack Welch envisage de reprendre le Boston Globe qui n’est pourtant apparemment pas à vendre.
6 Google veut relancer la publicité dans la presse écrite (AFP du 07/11/2006)
Google se lance dans la presse écrite en proposant à une centaine d’annonceurs de passer des publicités dans les éditions papier de 50 quotidiens américains
Google, qui est le leader mondial de la publicité sur internet, s’intéresse en effet aux 48 milliards de dollars dépensés chaque année pour la publicité dans la presse américaine selon les termes de Tom Phillips, responsable des opérations de Google dans la presse écrite.
En pratique, les annonceurs pourront voir, via le site web de Google, la liste des journaux partenaires et faire une offre pour le format et la durée de leur annonce, que les journaux pourront sélectionner.
Ce service qui démarrera d’ici la fin novembre pour un test de trois mois, sera transparent pour Google qui ne touchera aucune commission sur les publicités qu’il aura placées dans les journaux.
Ensuite, le groupe devrait prélever une commission, comme il le fait pour les publicités internet qu’il place sur les sites web, via son système de vente aux enchères de mots-clés.
De grands groupes de presse incluant des journaux comme le New York Times, le Boston Globe, le Washington Post ainsi que le groupe Tribune vont tester ce système (des médias qui ont tous vu baisser leurs revenus publicitaires).
"Nous sommes en concurrence avec Google, mais nous pouvons être partenaires pour attirer des annonceurs que nous n’avions pas", a commenté Randy Bennett, vice-président chargé de l’audience dans les nouveaux métiers de la Newspaper Association of America (NAA), qui représente quelque 2 000 journaux.
"La plupart des grands journaux ont accepté. Mais c’est un test, pas un engagement à long terme, pour voir si cela peut attirer des annonceurs non traditionnels, par exemple les petites entreprises qui annoncent sur internet et ne pensaient pas pouvoir s’offrir de campagnes dans les journaux".
7 Le Web 2.0 : Kesako ? (La Tendance de l’Ujjef)
Avorton ou avatar, le Web 2.0 ? D’abord promu à un happy few d’initiés, ce concept aussi flou que large, résolument relationnel, replace peu à peu, au centre de l’internet, l’utilisateur et ses relations avec les autres plutôt qu’avec des contenus ou des machines. Et face à la montée en puissance de ce nouveau système de fonctionnement basé sur la dimension collaborative, les grandes entreprises montrent de l’intérêt et commencent à en expérimenter la viabilité. Mais pour comprendre ce "nouveau Web", il faut d’abord, selon Frédéric Cavazza, consultant indépendant, spécialiste du sujet, observer le nouveau tissu de relations né de la toile : des communautés qui demain seront des micro-niches commerciales à séduire.
En attendant le Web 3.0 !...
Certains insistent sur sa dimension technique, d’autre sur ses pratiques éditoriales, d’autre encore sur sa dimension sociologique... En quoi le Web 2.0. transforme profondément l’internet d’aujourd’hui ?
Frédéric Cavazza : Ce n’est pas une révolution de l’internet, mais concrètement de ses pratiques. Le changement majeur du web 2.0. réside dans l’idée de se servir de toute la masse, de toute la puissance de travail et de toute la bonne volonté des internautes pour leur laisser faire le “travail“ ! Comprenons-nous bien. Cette nouvelle répartition n’a pas pour vocation de remplacer les missions auparavant assumées par le personnel d’une entreprise. Pour exemple, le service communication sera toujours en charge de définir l’image à diffuser, le service marketing, le pricing et la politique marketing, etc. L’apport des internautes est un complément et non une substitution... soyons clairs !
Que signifie cette nouvelle collaboration pour l’entreprise ?
Frédéric Cavazza : Le modèle classique du marketing d’entreprise tentait de positionner son produit comme le meilleur avec comme seuls choix pour le consommateur de prendre ou de refuser. La rupture initiée par le web 2.0 est précisément là : il existe désormais la volonté de connaître son audience, de savoir ce qu’elle veut et de ciseler l’offre à sa demande... quasi-personnelle. Le site "La Fraise" inter-agit ainsi en laissant à ses clients le soin de créer leur t-shirt. A eux la conception, à l’entreprise la fabrication.
Tout le nouveau système repose sur ses utilisateurs, qui sont aussi les cibles en terme commercial. Le fonctionnement du web 2.0 est donc intrinsèquement lié aux nouveaux outils de partage de l’information, qui permettent l’émergence de communautés. Les réseaux sociaux virtuels sont le pivot de ce nouveau système. Les blogs n’en sont qu’une émanation parmi d’autres. Ce genre d’échanges, activés notamment par des mécaniques virales, rompt précisément avec les anciennes formes de l’entreprise : ils ne laissent plus passer un produit s’il est mauvais !
Jusqu’où peut-on aller dans cette logique de pratique collaborative ?
Frédéric Cavazza : Disons l’infini... Aujourd’hui, nous en sommes seulement au premier palier, celui de la communauté d’achat. Au niveau de la chaîne de valeur, cette rupture ne concerne actuellement que les maillons de la distribution et de la commercialisation en ligne. Le phénomène fonctionne assez naturellement : les marchands en ligne sont recommandés par des internautes, qui regroupés en micro-communautés, forment un réseau de confiance ; ils constituent des micro-niches pour des produits qui ainsi sont crédibilisés et validés comme bons.
Le second palier ouvre tous les horizons des possibles : la chaîne de valeur est morcelée en autant de maillons que souhaités (processus de création, de production, d’achat des matières premières, etc.), et chacun de ses maillons est ouvert au meilleur offrant du moment.
On tend alors vers une fluidité totale de l’outil de production ?
Frédéric Cavazza : Oui, comme la création ou la commercialisation qui vont réagir instantanément à l’opportunité d’une offre. Cela va générer des marchés de niches. Une telle forme de travail exigera beaucoup d’audace de la part des entreprises. A terme, nous nous orientons vers une libéralisation globale du processus de production (une sorte de démantèlement total) qui demandera aux entreprises des comportements similaires à ceux observés sur le marché des changes : je prends la commande au vol !
Les marchés de niche, minoritaires aujourd’hui, seront, cumulés ensemble, majoritaires demain... Adieu la règle des 20/80 ?
Frédéric Cavazza : Le web 2.0 rejoint en ce sens la théorie de la longue traîne (long Tail en anglais). Cette théorie dit que la somme des marchés de niche est plus importante que celle des marchés principaux.
En termes plus stratégiques, tout blogueur qui crée des micro-niches est à l’aube de marchés intéressants à convoiter par les entreprises, car ils sont les sources de business de demain. Par ailleurs, les coûts de publicité sont quasi inexistants et les personnes cibles sont déjà réunies. La théorie des 20/80 devient alors, effectivement, obsolète... comme le démontre déjà certaines boutiques en ligne. Pour exemple, Amazon ou Rhapsody réalisent déjà plus de la moitié de leur chiffre d’affaires sur des articles en fond de catalogue... juste en utilisant le principe de recommandation.
En plus d’être un avantage concurrentiel, ce principe est aussi, pour ces sites marchands, une offre exclusive puisqu’il est impossible aux libraires classiques de proposer des catalogues aussi complets en raison des contraintes de stockage.
Une entreprise peut-elle aujourd’hui ignorer ce phénomène ?
Frédéric Cavazza : Distinguons deux cas : les entreprises qui sont déjà fortement impliquées sur le web et les autres. Le problème ne se pose vraiment que dans le premier cas. Pour les entreprises dont une part des ventes est déjà faite via internet, la première action à mener est de surveiller ce qui se dit sur elle (en particulier au travers des discussions glanées sur les blogs). Cette première collecte lui permettra d’entrevoir quelle est l’aura de sa marque dans l’inconscient collectif, quelles sont les critiques les plus couramment dites sur ses produits. Une cartographie peut synthétiser cette première phase d’observation. Dans un deuxième temps, il s’agit de repérer les produits qui connaissent les meilleures performances, pour en définitive identifier celui qui pourrait être son meilleur ambassadeur.
Dans tous les cas, on est à l’aube d’un changement de mentalité assez radical, le directeur marketing ne pourra plus se retrancher derrière des études de marché, il sera contraint d’aller au devant de ses cibles, d’oser d’une certaine manière, se jeter dans la foule, car quand il s’agit de savoir ce dont elle a besoin, la foule ne se trompe jamais.
8 Web 2.0, la révolution politique attendue (Courrier International, du 02/11/2006)
L’Internet participatif va-t-il révolutionner la politique, comme on l’espérait aux premiers jours du réseau des réseaux ? Il est trop tôt pour le dire, mais les nouveaux moyens de communication suscitent déjà la curiosité des partis politiques et des militants de terrain. La presse s’interroge sur qui tirera le plus profit du Web 2.0.
"C’est une vidéo toute simple. Un acteur télé parle de sa maladie, de son corps secoué de spasmes. Au panthéon du phénomène YouTube, la publicité de Michael J. Fox appuyant la candidate démocrate Claire McCaskill pour représenter le Missouri au Sénat [américain] a sans doute déjà fait plus que tout autre chose pour démontrer la puissance politique de ce nouveau canal de diffusion", écrit l’hebdomadaire Time.
Fox est atteint de la maladie de Parkinson, qui pourrait être traitée grâce à la recherche sur les cellules souches, à laquelle les républicains s’opposent avec véhémence pour des motifs moraux et religieux. Rapidement, la vidéo de Fox attaquant les républicains sur cette question est devenue la plus regardée de YouTube, à quelques jours des élections de mi-mandat prévues le 7 novembre prochain. Soudain, regarder un message de propagande est devenu un acte volontaire.
Mais c’est aussi le point faible de cette technique de communication politique, souligne Time. "La vidéo sur le Web n’est pas un instrument de persuasion. Tout se fait sur une base volontaire. Vous devez chercher une vidéo ou cliquer sur un lien dans un mail pour la voir, alors que les spots télé viennent vous chercher dans votre canapé sans que vous les sollicitiez. On ne cherche pas sur Internet des opinions que l’on ne partage pas. YouTube se montre surtout efficace pour prêcher les convaincus ou pour déstabiliser un candidat en répandant des vidéos montrant l’un de ses faux pas."
Le Desert Sun, de Palm Springs, en Californie, relève un autre aspect de l’utilisation de YouTube en politique : des citoyens ordinaires y lancent eux-mêmes des campagnes en marge de celles des grands partis. Mike McIntee, du Minnesota, a par exemple réalisé une quinzaine de vidéos de style karaoké, dans laquelle une petite balle saute d’une syllabe à l’autre, encourageant l’internaute à entonner une petite chanson contre différents candidats républicains. Avec la candidate pour le district de Palm Springs, cela donne "si vous en avez assez, alors mettez Mary Bono dehors".
Et pourtant, à en croire Jennifer Granick, directrice du Centre d’étude sur Internet et la société, à l’université Stanford, YouTube n’est pas l’outil Internet participatif le plus fort politiquement. Dans sa chronique du magazine Wired, elle croit possible de "sauver la démocratie avec le Web 2.0" parce que les deux partagent les mêmes valeurs. "L’idéal démocratique est participatif, et le Web 2.0 démocratise les nouvelles technologies", rappelle-t-elle.
La chroniqueuse montre alors à travers un exemple ce qu’elle considère comme la puissance démocratique du Web 2.0. "Il permet de croiser plus facilement les informations et de les rendre plus compréhensibles grâce à de nouvelles technologies. Par exemple, grâce à GeoRSS, un site qui permet de créer des alertes mail sous forme de carte, on peut suivre sans trop de mal les endroits où l’Etat fédéral engage des dépenses ou encore les sites où sont déversés des déchets toxiques. Puis on peut vérifier d’où proviennent les fonds levés pour la campagne électorale d’un représentant élu. En croisant ces informations, on peut se faire une opinion plus juste de l’action des élus", notamment en vérifiant si cette action répond ou non à des intérêts particuliers qui ont financé leur élection.
9 Web 2.0, expliqué simplement ! (www.deuxzero.com)
De nombreux textes de mon blog font référence au Web 2.0. C’est aussi la “base line” de son titre. Des lecteurs m’ont demandé de préciser ce qui se cache derrière ce concept.
Je vous propose donc ce texte, destiné aux personnes qui souhaitent avoir une vision complète, et je l’espère, claire de ce que représente Web 2.0.
C’est ce que nos amis américains nomment un “101” sur le sujet.
(Les super pros du sujet peuvent faire l’économie de la lecture de ce texte)
Le lancement “officiel” de l’expression Web 2.0 est lié à une conférence organisée par 0’Reilly en 2005. Le long article qu’il a publié en mars 2005 est une excellente synthèse sur le sujet ; il a été traduit en plusieurs langues, dont le français.
Le graphique ci-joint, extrait de cet article, célébrissime, présente tous les “meme”, ou concepts liés à Web 2.0.
Je vous propose quatre dimensions d’analyse des spécificités du Web 2.0, humaine, technique, fournisseur et financière.
Dimension humaine
La dimension humaine de Web 2.0 est, de loin, la plus importante. Dans le Web 1.0, un internaute était “consommateur” d’information et de pages Web ; Web 2.0 lui donne la parole.
Wikis, Blogs, Podcasts, Vblogs, RSS permettent à des millions de personnes de s’exprimer, de devenir producteurs du Web.
Les dimensions partage, groupe, communauté prennent le pas sur l’usage individuel. Les nouveaux lieux de rencontre, tels que Myspace aux USA ou Skyblog en France, permettent à des millions de jeunes internautes de partager, d’échanger leurs idées, leurs photos ou leurs vidéos. La qualité n’est pas toujours au rendez-vous ? Qui peut, honnêtement s’en étonner ? Tous les cinéastes amateurs ne sont pas Spielberg.
Qu’ils aient envie de partager leur production est plus important que la qualité de leur travail.
Les étiquettes, tags en anglais, sont une excellente illustration de ce mouvement. Chaque personne indexe l’information selon ses goûts et l’ensemble de ces tags permet de savoir, à tout instant, quels sont les thèmes ou les idées qui intéressent l’une des communautés du Web.
Ces changements sont amplifiés par l’arrivée des “digitaux natifs”. Marc Prensky est à l’origine d’une typologie des utilisateurs en trois familles :
Digital Natif : né avec la PlayStation, le téléphone mobile, la photo numérique, l’Ipod. Pour lui, le courriel est déjà dépassé, remplacé par SMS, chats et autres outils synchrones.
Digital Immigrant : né analogique (comme moi), il a fait un effort pour s’adapter, mais gardera toujours son “accent” analogique. J’avoue humblement mon incompétence pour manipuler une manette de PlayStation, avec ses 17 commandes, et à écrire des SMS aussi rapidement que sur mon clavier AZERTY. Il y a même des immigrants récents qui impriment leurs courriels ! (Pas moi, je le promets)
Analogiste : n’a pas encore pris le virage. Il fait lire ses courriels par sa secrétaire qui les imprime pour les lui transmettre. Il en reste, beaucoup, mais ils seront en minorité dans cinq ans.
DSI, responsables des ressources humaines, n’oubliez pas que les digitaux natifs sont, seront vos clients, vos salariés de demain.
Marc Prensky a réalisé des études passionnantes sur le potentiel des jeux vidéo pour faciliter l’apprentissage dans tous les domaines, y compris la médecine. Son dernier livre “Ne me dérange pas, Maman, j’apprends...” est sorti il y a quelques jours.
Il faudrait immédiatement le faire lire par tous les parents, tous les professeurs qui considèrent encore que la maîtrise d’un jeu vidéo sur une PSP est un signe de retard intellectuel !
Ceci ferait, à mon avis, plus pour l’amélioration du système éducatif français que les dix dernières réformes avortées de nos différents ministres de l’éducation !
Dimension technique
C’est la plus évidente, la plus visuelle, la plus connue. Elle est essentielle, mais n’aurait qu’un impact mineur sans la dimension humaine.
S’il fallait la définir en une phrase, je vous proposerais :
l’universalité du Web, l’ergonomie du Client/Serveur.
Les outils disponibles permettent, aujourd’hui, de construire des services Web 2.0 universels, accessibles par tous, partout, sur tout objet d’accès, avec une qualité de présentation et une ergonomie au moins égale à celle que l’on rencontre sur les meilleures applications disponibles sur un PC.
Les deux exemples les plus célèbres, à juste titre, sont Google Earth et Gmail.
La conjonction de plusieurs mouvements technologiques convergents accélérera le succès du Web 2.0 :
L’arrivée de réseaux rapides, fixes et mobiles (ADSL, Wi-Fi, Wimax...).
Sans un accès à des réseaux rapides (1 Mbit/s mini), Web 2.0 resterait un concept.
La mobilité omniprésente : Le Web 2.0 mobile, en émergence, sera dominant en 2011. Les 2 milliards de téléphones mobiles, à fin 2005, deviendront 3 milliards fin 2010 ; 80 % des objets mobiles, smartphones, PDA ou ordinateurs portables, seront équipés d’un navigateur capable d’accéder aux services Web 2.0.
Les services Web 2.0 mobiles seront la clef des succès de demain, comme l’a compris PayPal avec Paypal mobile.
Des serveurs pour héberger les services et les données, très puissants, très économiques pour l’utilisateur (voir mon texte sur l’hébergement gratuit)
L’information, la donnée est la ressource essentielle. La création et la mise à jour des données essentielles sont très coûteux : cartes, inventaire de livres ou de vidéo...Les entreprises capables de faire ces investissements seront capables de les vendre, cher, à tous les fournisseurs de services Web 2.0.
Des Objets d’accès très variés, allégés, que je propose d’appeler CWR, Client Web Riche.
Un CWR est un objet d’accès Web, équipé d’un navigateur moderne (Firefox, Opera, Safari, IE7...) et des plug-ins de base : Flash, JavaScript, JVM. La majorité des CWR seront mobiles, demain.
Les applications traditionnelles, qu’elles se vendent en boîte sur PC ou en mode ASP, sur le Web, seront toutes remplacées par des Services, le plus souvent gratuits. Tous ces services seront hébergés sur les serveurs, Internet et Intranet.
Les outils de construction de ces Services Web existent déjà ; ils ont pour nom AJAX, Eclipse, Flash-Flex, Ruby on Rails, Microformats ou PHP.
Web 2.0 voit naître une nouvelle famille de services, en situation de ß perpétuel. La version ß d’un service n’est plus une étape vers une version figée, c’est la situation “stable” d’un service en changement dynamique.
Essayez d’expliquer ce concept à un responsable des études dans une grande entreprise ou à un vendeur de logiciels en boîtes ; bon courage !
Dimension offre
Chaque nouvelle génération de solutions informatiques crée des mutations et des opportunités pour les fournisseurs ; Web 2.0 ne fera pas exception à la règle.
Les fournisseurs qui réussiront sont ceux qui, non seulement comprennent, mais mettent en pratique les nouvelles règles du jeu.
La fin, proche, de la vente de licences logicielles. Les services proposés le seront, soit gratuitement, soit sous forme de souscription flexible, que l’on peut arrêter à tout moment. S’y ajoute la dimension humaine : les digitaux natifs n’ont jamais, de leur vie, acheté un logiciel en boîte !
L’ouverture maximale de ses services. Propriétaire, fermé = échec garanti !
L’exemple le plus évident est celui des API, points d’entrée dans les services existants. Amazon, eBay ou Google ont, tous, ouverts leurs API pour permettre à d’autres fournisseurs de s’appuyer sur leurs services pour en proposer de nouveaux. Les écosystèmes qui seront capables de proposer le plus de services liés sont ceux qui vont réussir.
Le respect absolu des standards du Web, sans essayer de tricher ! Tous les fournisseurs, même les plus puissants d’aujourd’hui, qui essayeraient de s’accrocher aux solutions ou formats propriétaires qui faisaient leur succès, seront laminés. Nous allons assister à des combats sanglants, mais d’arrière-garde, dans ces domaines ; le cas ODF, pour les formats bureautiques, en sera un bon exemple.
un retour à la raisonnabilité des solutions. Il faut aller à l’essentiel, vite, proposer des services 95/5 (font 95 % de ce qui est demandé pour 5 % des coûts) et les faire évoluer, sans jamais tomber dans le travers de l’obésité fonctionnelle. Des services tels que Writely ou Num-Sum remplaceront, progressivement, les suites bureautiques obèses.
Une explosion du nombre de fournisseurs. En moins de 12 mois, des dizaines de start-ups innovantes, dans le monde entier, ont été capables de proposer des services de qualité. Beaucoup d’entre eux vont disparaître, d’autres seront rachetés, comme Flickr par Yahoo ou Writely par Google.
Nous devrons apprendre à vivre avec des dizaines de fournisseurs différents, loin des lubies des années 90 pendant lesquelles certains DSI ont essayé de trouver le fournisseur unique, capable de répondre à toutes leurs attentes.
Avoir été un fournisseur dominant pendant une génération d’informatique n’a jamais été une garantie pour le futur.
De très grands, tels que Digital, Compaq ou Wang ont disparus ; d’autres, peu nombreux, comme IBM, ont su s’adapter. Digital ou IBM, les fournisseurs leaders d’aujourd’hui devront choisir leur avenir, et vite.
Dimension financière
Les solutions et services Web 2.0 permettent de réduire, fortement, et rapidement, les coûtsSwatch_wathc_1 informatiques. Les exemples abondent :
Gmail, 2,7 Go de stockage, gratuit
Firefox, Thunderbird, gratuit
Skype : échanges téléphoniques internationaux, gratuit.
Typepad, qui me permet d’écrire ce blog : 8 euros par mois.
Etc...
Ce qui devrait être une excellente nouvelle pour les entreprises et les organismes publics se transforme, de manière surprenante, en un casse-tête très compliqué !
Gratuit ou économique = mauvais, dangereux, non professionnel !
Diamond_watch Faire disparaître cette équation de la tête des dirigeants et informaticiens sera, probablement, le plus grand frein à la diffusion des solutions Web 2.0 dans les entreprises. Les logiciels Open Source ont mis dix ans à vaincre cette crainte, et ce n’est pas terminé.
Je vis parfois dans un monde économique bizarre ! Il y a quelques jours, le DSI d’une grande entreprise me disait : “Je viens de calculer le TC0 de mes PC, et j’arrive à plus de 3 000 euros par an, soit 50 % de mon budget informatique ; pouvez-vous m’aider à dépenser moins ?".
Je lui ai dit qu’il était possible, aujourd’hui, dans un monde Web 2.0,de diviser ce chiffre par 3 ou 4, et que j’étais prêt à l’y aider. J’attends toujours son appel.
Une rapide synthèse
Web 2.0 deviendra, en moins de cinq années, la plateforme informatique dominante pour toute entreprise, grande ou petite, publique ou privée ; j’espère que ces quelques lignes vous auront aidé à comprendre pourquoi.
Les solutions Web 2.0 sont encore imparfaites, les analogistes et digitaux immigrants ne sont pas encore prêts, les fournisseurs dominants de demain ne sont pas encore tous connus ; c’est vrai !
Raison de plus pour démarrer, immédiatement, une démarche qui permettra à chaque entreprise de préparer cette profonde mutation.
Pour en savoir plus
Outre l’article de O’Reilly, il suffit d’aller sur Google pour trouver...75 millions de références à Web 2.0.
10 Le Wiki passe en mode business... (AFP du 19/10/2006)
Dans le sillage de l’éclatant succès de Wikipedia, les sites web cherchent un nouveau filon lucratif dans le "wiki", ce mode de création de sites internet où le contenu est écrit, gratuitement, par les lecteurs.
Tiré du mot wiki ("rapide" en hawaïen), lancé en 1994 par l’informaticien Ward Cunningham, le wiki connaît un démarrage en flèche, avec la création ces derniers mois de dizaines de milliers de sites interactifs et qui accueillent de la publicité.
Porté par le succès de Wikipedia, encyclopédie gratuite, écrite par les internautes, financée par les dons et sans publicité et qui compte plus de 5 millions d’articles dans 250 langues, son cofondateur Jimmy Wales, a ainsi lancé fin 2004 Wikia, hébergeur de sites wikis qui mise sur des recettes publicitaires.
Wikia, pionnier du secteur, héberge 1 500 wikis en 48 langues, écrits par les lecteurs, portant sur des thèmes allant des scénarios historiques imaginaires au Muppet Show. Il a levé 4 millions de dollars auprès d’investisseurs au printemps dernier et recruté l’ancien directeur d’eBay, Gil Penchina.
Wikia s’enrichit également de nouveaux thèmes porteurs, comme les guides de voyages écrits par les voyageurs, ou encore les wikis d’université, comme celui de Stanford en Californie, rédigés par les étudiants.
De même, le groupe Wetpaint, crée en juin dernier pour héberger des sites wikis, a-t-il vu affluer en quelques mois 60 000 sites, allant de familles qui partagent leurs souvenirs à des clubs sportifs qui affichent leurs calendrier, ou encore des fans de couture ou autres hobbies qui veulent créer une encyclopédie spécialisée.
"Nous les hébergeons gratuitement mais nous mettons des publicités sur ces sites, en partenariat avec Google et son service de publicités automatiques Adsense", explique un porte-parole du groupe.
Autre succès, celui du site wikiHow, créé en 2005, où les internautes échangent leurs tuyaux, et qui compte maintenant 10 000 articles en trois langues. D’autres sites réunissent commentaires des produits ou guides d’achats, comme ShopWiki, supplantant les sites rédigés par des rédacteurs payés.
Enfin, la télévision a emboîté le pas avec la série télévisée "Lost" qui a mis en place un site wiki pour que les spectateurs puissent s’exprimer.
Aucun de ces sites ne parvient cependant à faire de l’ombre à Wikipedia, qui, selon le cabinet Comscore, est le 6e plus visité d’internet, avec plus de 100 millions de visiteurs par mois.
Pour mémoire :
Le wiki, issue de la philosophie participative de l’internet du début, a l’avantage d’offrir des textes en constant renouvellement — un article de Wikipedia sur une personnalité sera modifié dans la minute en cas de décès --- mais cette gestion uniquement par des amateurs pose des problèmes de fiabilité.
Des polémiques sont nées sur des erreurs de Wikipedia ou encore sur des articles politiques qui variaient en fonction des opinions des rédacteurs.
D’où l’annonce le 17 octobre par l’un des fondateurs de Wikipedia, Larry Sanger, de son intention de lancer une encyclopédie rivale mais où les contributions des internautes seront contrôlés par des experts, baptisée Citizendium.
11 Qui écrit Wikipédia ? (transnets.com du 20/09/2006)
Cet article est la traduction d’un essai publié par le contributeur Wikipedia AaronSw sur son blog. J’ai souhaité cette traduction car je trouve qu’elle éclaire sur le modèle de contribution de wikipedia. J’ai ajouté un certain nombre d’illustration sur les propos de Wales et de Aaron. Mes commentaires se trouvent en bas de l’article. Une liste de ressources pour creuser le sujet sont aussi à la fin de cet essai. J’espère que cela pourra vous éclairer et je pense que c’est un bon préambule mais qui demande une mise en perspective quant à l’évolution de wikipedia (ce que je vais essayer de faire ici).
Qui ecrit Wikipedia ?
La première fois que je rencontrais Jimbo Wales, le visage de Wikipedia, ce fut lorsqu’il vint faire une conférence à Standord. Wales nous parla de l’histoire, de la culture ainsi que de la technologie Wikipedia, mais il insista sur un point. « L’idée que beaucoup de gens ont de Wikipedia » remarqua t’il « est qu’en tant que phénomène émergent - sagesse des foules, « intelligence grouillante », ce genre de choses - des centaines et des centaines d’individus apportent chacun une petite part du contenu et que de tout cela émerge un ensemble cohérent. « Mais », insista t’il, « la vérité est largement différente ». En fait, Wikipedia, est écrite par « une communauté... un groupe dédié de quelques centaines de volontaires où je connais chacun d’entres eux et où chacun connaît tous les autres ». « Cela ressemble beaucoup à une n’importe quelle organisation classique. » Vraiment.
La différence est évidemment cruciale. Pas simplement pour le public qui veut savoir comment une chose merveilleuse comme Wikipedia est écrite, en fait, mais aussi pour Wales qui veut savoir comment gérer le site. « Pour moi c’est vraiment important, parce que je passe beaucoup de temps à écouter ces quatre ou cinq cent personnes et si ... ils n’étaient qu’un groupe de personnes en train de discuter.... je pourrais sans aucun problème les ignorer et à la place me soucier du millions de ceux qui écrivent chacun une phrase ».
Alors ce serait en fait le gang des 500 qui ferait Wikipedia ? Wales décida de conduire une étude basique pour découvrir la vérité : il compta ceux qui faisaient le plus de modification sur le site. « Je m’attendais à trouver quelque chose comme une règle des 80-20 : 80% du contenu fait par 20% des utilisateurs, tout simplement, parce qu’a priori, cela arrive souvent. Mais en fait c’est beaucoup, beaucoup subtil que cela : en gros, 50% des modifications sont faites par seulement 0,7% des utilisateurs ... soit 524 personnes ... Et en fait les 2% les plus actifs, ce qui fait 1400 personnes, ont fait 73.4% de tous les modifications. « Les 25% restantes », dit il, « viennent de personnes qui modifient un petit problème de prononciation, un fait mineur, ou des trucs dans le genre. »
Il ne fit pas uniquement cette remarque à Stanford. Cela fait partie des conférences qu’il donne à travers le monde. « C’est ce groupe d’environ une centaine de personnes qui compte vraiment » nous dit-il à Stanford. « C’est cette communauté resserrée qui, en fait, fait le gros du contenu » expliqua t’il à l’Oxford Internet Institute. « C’est un groupe de cent à deux cent personnes » Ce ne sont que les trois conférences que j’ai pu voir mais Wales en a donné des centaines comme celle-ci.
A Stanford les étudiants étaient sceptiques. Wales comptait simplement le nombre de modifications - le nombre de fois qu’un utilisateur modifie quelque chose et appuie sur « sauvegarder ». En aurait il été différemment s’il avait compté le nombre total des textes auxquels chaque utilisateur avait contribué ? Wales dit qu’il comptait le faire lors de la prochaine « révision », mais était sûr que « [ses] résultats deviendrait de plus en plus pertinents » parce qu’il ne comptabiliserait plus les actes de vandalisme et les modifications retirées par la suite.
Wales présente ces résultats comme confortants. Ne vous inquiétez pas, dit il au monde, Wikipedia n’est pas aussi choquant que vous ne le pensez. En fait, c’est, comme tout autre projet, un petit groupe de collègues travaillant vers un but commun. Mais si vous y pensez, la vision des choses par Wales est en fait encore bien plus troublante : une centaine de personnes ont écrit en quatre ans la plus grande encyclopédie au monde et tout cela gratuitement. Cela est il vraiment possible ?
Curieux et septique, je décidais d’enquêter. Je choisis un article au hasard ("Alan Alda") pour voir comment c’était écrit. Aujourd’hui la page consacrée à Alan Alda est une page Wikipedia qui ressemble à tant d’autres : elle comprend de nombreuses photos, plusieurs pages, un historique des modifications ainsi qu’une poignée de liens. Mais lorsque cette page fut crée, il n’y avait que deux phrases : « Alan Alda est un acteur américain célèbre pour son rôle de Hawkeye Pierce dans la série télévisée « MASH ». Dans ses derniers rôles, il joue des rôles d’homme sensibles dans des drames. Comment en est on arrivé là ?
Modifications après modifications, j’ai vu la page évoluer. On peut classer les changements que j’ai vu en trois catégories. Une mince partie —probablement autour de 5 sur environ 400 — était constitué par « des actes de vandalisme » : des personnes mal intentionnées ou bien embrouillées faisaient des ajouts incongrus, suivi par quelqu’un qui les défaisait La grande majorité, de loin, était constituée de petits changements : les gens changeaient la typographie, les liens, les formats, les catégories, et ainsi améliorait l’article sans ajouter beaucoup de contenu. Enfin, un nombre encore plus petit était constitué de véritables ajouts : quelques phrases voire quelques paragraphes de nouvelles informations étaient même ajoutés à la page.
On dirait que Wales pense que la vaste majorité des utilisateurs se contentent de, soit vandaliser, soit de contribuer très modestement, pendant que le noyau des Wikipedians rédige le gros de l’article. Mais ce n’est pas du tout ce que j’ai trouvé. Presque à chaque fois que je vis une modification substantielle, j’ai trouvé que la personne qui avait contribué n’était pas un utilisateur actif du site. Ils avaient fait généralement moins de 50 modifications (typiquement autour de 10) habituellement sur des sujets rattachés. La plupart ne s’étaient même pas ennuyer à créer un compte.
Afin d’enquêter de manière plus officielle, j’ai passé du temps sur un ordinateur et ai téléchargé une copie des archives de Wikipedia. J’ai écrit un petit programme pour examiner chaque modification et compter combien il en restait dans la dernière version. Au lieu de compter les modifications comme fit Wales j’ai compté le nombre de lettres que chaque utilisateur a effectivement ajouté à l’article actuel.
Si vous ne compter que les modifications, il apparaît que les plus gros contributeurs de l’article « Alan Alda » ( 7 sur les 10 premiers ) sont des utilisateurs ayant un compte, et qui, tous sauf deux, ont apporté des centaines de modifications sur le site. Le numéro quatre a réalisé plus de 7000 modifications, tandis que le numéro sept en a réalisé plus de 25 000. En d’autres termes, si vous utiliser le méthode de Wales, vous obtenez ses résultats : le gros du contenu semble être réalisé par des contributeurs sérieux.
Mais lorsque vos comptez les lettres, le résultat change : peu de contributeurs (deux en dehors des 10 premiers) possèdent un compte et la plupart (6 en dehors des dix premiers) ont réalisé moins de 25 modifications sur la totalité du site. En fait, le numéro neuf n’a fait qu’une modification, celle-ci.
Avec le plus raisonnable des systèmes, celui la même que Wales prévoit d’utiliser lors de sa prochaine révision les résultats sont complètement inversés.
Je n’ai pas les ressources pour conduire ce calcul pour tout le site de Wikipedia (il y a plus de 60 milliards de modifications !), mais je l’ai fait sur des articles choisis de manière encore plus aléatoire, et les résultats furent les mêmes. Par exemple la plus grande partie de l’article sur l’Anaconda a été écrit par un utilisateur qui a fait seulement deux modifications ( et seulement cent sur tout le site) . Par contraste, la plupart des modifications ont été réalisé par un utilisateur qui n’a pas contribué au texte final de l’article.
Lorsque vous rassemblez tout cela, tout devient clair : un novice fait une modification pour ajouter la base de l’article, puis les à travers leurs modifications les initiés, reformatent et affinent ce dernier.
En plus, les initiés accumulent des centaines de modifications en changeant le nom des catégories d’un titre, le genre de chose auxquelles seuls les initiés attachent de l’importance. En conséquence, les initiés comptabilisent la majorité des modifications. Mais ce sont les novices qui fournissent presque tout le contenu.
Et lorsque vous y pensez, cela est parfaitement sensé. Ecrire une encyclopédie est difficile. Afin de faire du bon travail, quelque soit le domaine de l’article, vous devez avoir une somme de connaissances sur une incroyablement large de sujets. Ecrire tant de texte est difficile, mais faire tout la recherche documentaire semble impossible.
D’un autre côté, tout le monde a son lot de violons d’Ingres inconnus, qui, pour une raison ou un autre, le connaît bien. Alors ils les partagent, en cliquant sur le lien « éditer » et en ajoutant un paragraphe ou deux sur Wikipedia. Parallèlement, quelques personnes sont devenus particulièrement impliquées dans Wikipedia, apprenant ses polices ainsi que ses syntaxes particulières, passant leur temps à affiner les contributions de tout le monde.
Les autres encyclopédies fonctionnent de manière similaire, mais simplement à une plus petite échelle : de nombreuses personnes écrivent sur les sujets qu’ils connaissent bien, pendant qu’un petit groupe les reformatent en un travail unique. Ce second groupe est très clairement très important - c’est grâce à eux que les encyclopédies ont un ton et un look cohérent-mais il serait exagéré de dire que c’est eux qui ont écrit l’encyclopédie. On imagine que les dirigeants de Britannica se préoccupent plus de leurs contributeurs que de leurs correcteurs.
Wikipedia devrait faire de même. Même si tous les correcteurs quittent le projet demain, Wikipedia devrait garder son immense valeur. La plupart des gens lisent Wikipedia parce qu’elle contient l’information dont ils ont besoin, pas parce qu’elle a un joli look. Le site ne serait sûrement pas aussi joli sans cette communauté mais le gens (comme moi) attache de l’importance à ces choses prendrait le relais de ceux qui quitteraient le système. Ceux qui mettent en forme aident les contributeurs et c’est dans ce sens que les choses fonctionnent pas dans l’autre.
Wales a raison sur un point. Cet élément a de grandes conséquences en termes de management de Wikipedia. Si Wikipedia est écrit par des contributeurs occasionnels, alors la croissance requiert de faciliter et rendre plus glorifiant les contributions occasionnelles. Au lieu d’essayer de retirer de plus de travail à ceux qui passent leur vie sur Wikipedia, nous avons besoin d’élargir la base de ceux qui contribuent juste un petit peu.
Malheureusement, précisément pare que de telles personnes ne sont que des contributeurs occasionnels, leurs opinions ne sont pas prises en compte dans le processus actuel de Wikipedia. Ils ne sont pas impliqués dans les discussions concernant la gestion de Wikipedia, ils ne vont pas aux rencontres Wikipedia et ne sortent pas avec Jimbo Wales. Donc les propositions qui pourraient les aider finissent par être mises de côtés.
Loin des yeux loin du cœur, alors c’est aller trop loin que de penser que ce genre de personne ne sont pas particulièrement importantes. Ainsi, Wales croit que 500 personnes ont écrit la moitié de Wikipedia. D’où l’hypothèse de Wales que les « extérieurs » réalisent des contributions qui sont principalement avec du vandalisme et des non sens. Expliquant aussi par la même occasion cet argument qui veut qu’il faille un processus d’édition qui soit un peu difficile.
« Je ne suis pas un wikiste à qui il arrive d’aller sur les encyclopédies » raconta Wales à son public d’Oxford. « Je suis un lecteur d’encyclopédie, à qui il arrive d’utiliser un Wiki ». Alors peut être cette croyance selon laquelle Wikipedia était écrit de manière classique n’a rien de surprenant. Malheureusement, c’est dangereux. Si Wikipedia, continue de se concentrer sur l’encyclopédie aux dépens du wiki, ce pourrait être la fin de n’être ni l’un ni l’autre
12 Entrepreneurs See a Web Guided by Common Sense (New York Times du 12/11/2006)
SAN FRANCISCO, Nov. 11 - From the billions of documents that form the World Wide Web and the links that weave them together, computer scientists and a growing collection of start-up companies are finding new ways to mine human intelligence.
Their goal is to add a layer of meaning on top of the existing Web that would make it less of a catalog and more of a guide - and even provide the foundation for systems that can reason in a human fashion. That level of artificial intelligence, with machines doing the thinking instead of simply following commands, has eluded researchers for more than half a century.
Referred to as Web 3.0, the effort is in its infancy, and the very idea has given rise to skeptics who have called it an unobtainable vision. But the underlying technologies are rapidly gaining adherents, at big companies like I.B.M. and Google as well as small ones. Their projects often center on simple, practical uses, from producing vacation recommendations to predicting the next hit song.
But in the future, more powerful systems could act as personal advisers in areas as diverse as financial planning, with an intelligent system mapping out a retirement plan for a couple, for instance, or educational consulting, with the Web helping a high school student identify the right college.
The projects aimed at creating Web 3.0 all take advantage of increasingly powerful computers that can quickly and completely scour the Web.
“I call it the World Wide Database,” said Nova Spivack, the founder of a start-up firm whose technology detects relationships between nuggets of information by mining the World Wide Web. “We are going from a Web of connected documents to a Web of connected data.”
Web 2.0, which describes the ability to seamlessly connect applications (like geographic mapping) and services (like photo-sharing) over the Internet, has in recent months become the focus of dot-com-style hype in Silicon Valley. But commercial interest in Web 3.0 - or the “semantic Web,” for the idea of adding meaning - is only now emerging.
The classic example of the Web 2.0 era is the “mash-up” - for example, connecting a rental-housing Web site with Google Maps to create a new, more useful service that automatically shows the location of each rental listing.
In contrast, the Holy Grail for developers of the semantic Web is to build a system that can give a reasonable and complete response to a simple question like : “I’m looking for a warm place to vacation and I have a budget of $3,000. Oh, and I have an 11-year-old child.”
Under today’s system, such a query can lead to hours of sifting - through lists of flights, hotel, car rentals - and the options are often at odds with one another. Under Web 3.0, the same search would ideally call up a complete vacation package that was planned as meticulously as if it had been assembled by a human travel agent.
How such systems will be built, and how soon they will begin providing meaningful answers, is now a matter of vigorous debate both among academic researchers and commercial technologists. Some are focused on creating a vast new structure to supplant the existing Web ; others are developing pragmatic tools that extract meaning from the existing Web.
But all agree that if such systems emerge, they will instantly become more commercially valuable than today’s search engines, which return thousands or even millions of documents but as a rule do not answer questions directly.
Underscoring the potential of mining human knowledge is an extraordinarily profitable example : the basic technology that made Google possible, known as “Page Rank,” systematically exploits human knowledge and decisions about what is significant to order search results. (It interprets a link from one page to another as a “vote,” but votes cast by pages considered popular are weighted more heavily.)
Today researchers are pushing further. Mr. Spivack’s company, Radar Networks, for example, is one of several working to exploit the content of social computing sites, which allow users to collaborate in gathering and adding their thoughts to a wide array of content, from travel to movies.
Radar’s technology is based on a next-generation database system that stores associations, such as one person’s relationship to another (colleague, friend, brother), rather than specific items like text or numbers.
One example that hints at the potential of such systems is KnowItAll, a project by a group of University of Washington faculty members and students that has been financed by Google. One sample system created using the technology is Opine, which is designed to extract and aggregate user-posted information from product and review sites.
One demonstration project focusing on hotels “understands” concepts like room temperature, bed comfort and hotel price, and can distinguish between concepts like “great,” “almost great” and “mostly O.K.” to provide useful direct answers. Whereas today’s travel recommendation sites force people to weed through long lists of comments and observations left by others, the Web. 3.0 system would weigh and rank all of the comments and find, by cognitive deduction, just the right hotel for a particular user.
“The system will know that spotless is better than clean,” said Oren Etzioni, an artificial-intelligence researcher at the University of Washington who is a leader of the project. “There is the growing realization that text on the Web is a tremendous resource.”
In its current state, the Web is often described as being in the Lego phase, with all of its different parts capable of connecting to one another. Those who envision the next phase, Web 3.0, see it as an era when machines will start to do seemingly intelligent things.
Researchers and entrepreneurs say that while it is unlikely that there will be complete artificial-intelligence systems any time soon, if ever, the content of the Web is already growing more intelligent. Smart Webcams watch for intruders, while Web-based e-mail programs recognize dates and locations. Such programs, the researchers say, may signal the impending birth of Web 3.0.
“It’s a hot topic, and people haven’t realized this spooky thing about how much they are depending on A.I.,” said W. Daniel Hillis, a veteran artificial-intelligence researcher who founded Metaweb Technologies here last year.
Like Radar Networks, Metaweb is still not publicly describing what its service or product will be, though the company’s Web site states that Metaweb intends to “build a better infrastructure for the Web.”
“It is pretty clear that human knowledge is out there and more exposed to machines than it ever was before,” Mr. Hillis said.
Both Radar Networks and Metaweb have their roots in part in technology development done originally for the military and intelligence agencies. Early research financed by the National Security Agency, the Central Intelligence Agency and the Defense Advanced Research Projects Agency predated a pioneering call for a semantic Web made in 1999 by Tim Berners-Lee, the creator of the World Wide Web a decade earlier.
Intelligence agencies also helped underwrite the work of Doug Lenat, a computer scientist whose company, Cycorp of Austin, Tex., sells systems and services to the government and large corporations. For the last quarter-century Mr. Lenat has labored on an artificial-intelligence system named Cyc that he claimed would some day be able to answer questions posed in spoken or written language - and to reason.
Cyc was originally built by entering millions of common-sense facts that the computer system would “learn.” But in a lecture given at Google earlier this year, Mr. Lenat said, Cyc is now learning by mining the World Wide Web - a process that is part of how Web 3.0 is being built.
During his talk, he implied that Cyc is now capable of answering a sophisticated natural-language query like : “Which American city would be most vulnerable to an anthrax attack during summer ?”
Separately, I.B.M. researchers say they are now routinely using a digital snapshot of the six billion documents that make up the non-pornographic World Wide Web to do survey research and answer questions for corporate customers on diverse topics, such as market research and corporate branding.
Daniel Gruhl, a staff scientist at I.B.M.’s Almaden Research Center in San Jose, Calif., said the data mining system, known as Web Fountain, has been used to determine the attitudes of young people on death for a insurance company and was able to choose between the terms “utility computing” and “grid computing,” for an I.B.M. branding effort.
“It turned out that only geeks liked the term ‘grid computing,’ ” he said.
I.B.M. has used the system to do market research for television networks on the popularity of shows by mining a popular online community site, he said. Additionally, by mining the “buzz” on college music Web sites, the researchers were able to predict songs that would hit the top of the pop charts in the next two weeks - a capability more impressive than today’s market research predictions.
There is debate over whether systems like Cyc will be the driving force behind Web 3.0 or whether intelligence will emerge in a more organic fashion, from technologies that systematically extract meaning from the existing Web. Those in the latter camp say they see early examples in services like del.icio.us and Flickr, the bookmarking and photo-sharing systems acquired by Yahoo, and Digg, a news service that relies on aggregating the opinions of readers to find stories of interest.
In Flickr, for example, users “tag” photos, making it simple to identify images in ways that have eluded scientists in the past.
“With Flickr you can find images that a computer could never find,” said Prabhakar Raghavan, head of research at Yahoo. “Something that defied us for 50 years suddenly became trivial. It wouldn’t have become trivial without the Web.”
13 Les fondamentaux du journalisme ne changent pas (Média Café du 21/10/2006)
Dominique Bannwarth, commentant un de mes posts, se demande : "Quel métier ferons-nous demain ?" Ce à quoi il répond : "Sûrement le même qu’aujourd’hui si l’on accepte l’idée que le journalisme ne se confond pas avec le support sur lequel il s’exerce." Tout en s’interrogeant : "Alors les journalistes d’hier, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain seront-ils les mêmes, mutants professionnels perpétuels ou faudra-t-il de « nouveaux journalistes » (comme il y eut jadis des « nouveaux philosophes » dont il faudra encore m’expliquer l’intérêt...) ?"
Je crois pronfondément que les fondamentaux du journalisme ne vont pas changer. Je pense d’ailleurs que cette information-conversation, nous pousse à revenir à ces fondamentaux.
1- Ce qui change aujourd’hui, ce sont d’abord les outils pour les journalistes. Il y a de moins en moins de raison de s’en tenir à une spécialité : écrit, audio ou vidéo. La simplification des outils nous permet de, peu à peu, les utiliser tous. La numérisation provoque une sorte de fusion des médias tant des supports que des périodicités.
2- Ce qui change encore, c’est que le lecteur s’exprime. Ce que nous sommes plusieurs à appeler l’info conversation. Le journaliste a beaucoup plus de comptes à rendre. Les erreurs sont pointées du doigt (du clavier). Les oublis aussi. Les partis prix aussi. Pointés... et discutés.
3- La multiplicité des supports entraîne une nouvelle façon de penser l’info. Une combinaison : timing + support. Et non, seulement remplissage d’un support. Des histoires racontées plusieurs fois, de différentes façons, sous différents angles avec différents outils pour plusieurs supports, plusieurs moments de la journée et des publics différents.
4- La presse n’a plus le monopole de publier. Les nouvelles technologies permettent à tout le monde de le faire facilement et pour pas cher. Le blog en est l’un des exemples. Le journaliste est toujours là pour la collecte de l’information. Mais, il débute la conversation, générant une masse incalculable de commentaires et de nouvelles infos. Reste à trier tout ça. C’est le rôle du journaliste. Cela a d’ailleurs toujours été le sien. Il est plus nécessaire que jamais.
La fonction journaliste-trieur d’info va sans doute avoir de plus en plus de place... et de raison d’être. Une fonction nécessaire mal ou pas encore perçue par les médias ou les journalistes eux-mêmes. Sans doute aussi parce qu’elle semble moins noble que, par exemple, celle de reporter ou de chroniqueur.
Je crois par exemple, que certains secrétaires de rédaction vont évoluer naturellement vers ce job de trieur mais aussi de "metteur en liens" (ajouter des liens contextuels sur des textes, des images, des vidéos et des fichiers sons, en ligne).
14 Internet pour la PQR : info locale gratuite ou payante ? (Média Café du 31/10/06)
Le débat info locale payante versus gratuite est très vif dans la presse quotidienne départementale et régionale française. Il est même devenu assez irrationnel. Beaucoup sont aujourd’hui contre et quelque pour. Mais peu d’arguments clairs sont avancés et, encore moins, de chiffres.
L’inquiétude principale : les gens vont arrêter d’acheter le journal si l’info est gratuite en ligne. Donc, les ventes vont chuter plus vite qu’elles ne le font aujourd’hui. Et les revenus de l’internet ne couvriront pas les pertes du papier.
Que savons-nous ?
1- Le recul du nombre de lecteurs achetants un quotidien local est une tendance de fond en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. Même si quelques très rares exceptions existent, ça et là. Ce recul est, en général, plus vif dans les zones urbaines. Quelle conclusion pouvons-nous essayer d’en tirer ? Le produit n’a pas une valeur suffisante aux yeux des potentiels acheteurs qui justifie un effort d’achat. Pourtant, la consommation média des foyers augmente en temps et en dépenses.
2- Les parts de marché publicitaire détenues par la presse quotidienne et le nombre de pages vendues sont aussi en recul dans ces mêmes zones. Pas seulement d’ailleurs pour la presse quotidienne mais pour la presse écrite en général, hors gratuits et quelques titres magazines. Quelles conclusions pouvons-nous en tirer ? Le produit est de moins en moins vu, même si la tendance n’est pas fulgurante, comme un moyen efficace de générer des consommateurs, donc des ventes. Le produit n’est pas accessible à beaucoup d’annonceurs car trop cher. Combien touchez -vous en % d’annonceurs sur le total d annonceurs potentiels dans votre marché ? 10 % ? 20 % ?
3- La pénétration d’internet est en augmentation constante. Plus de 26 millions de Français se sont connectés à internet en août 2006, selon Médiamétrie (source : Journal du Net). Et, l’Arcep compte 13,2 millions d’abonnements au net en France.
4- La pénétration de l’internet à haut débit est fulgurante, en particulier en France. 9,8 millions d’abonnés au haut débit, contre 3,8 en bas débit selon l’Arcep (source : JdN).
5- Les investissement pub sur le net sont en progression constante et forte (+56 % par rapport à 2005 en France). Plus important encore, la part d’internet dans l’ensemble des investissements pub est en croissance de 2,3 % selon TNS Media Intelligence. Aux USA, la progression du chiffre d’affaires pub de la presse quotidienne locale est essentiellement due aux ventes pub du net (source : NAA, équivalent du SPQR).
6- Aux USA, les grands sites internets, type Google, MSN, Yahoo !, etc ont ramassé en 2005 27,8% du marché de la pub locale en ligne.
7- La pub sur le net est facturée au CMP (coût par millier). En France, on parle d’un CPM moyen à 4 euros. Elle est aussi facturée au CPC (coût par clique). Le CPC moyen pour les pubs sur Google est de 0,50 cents. Le CTR (click through) est en moyenne de 0,6%.
8- L’âge moyen d’un internaute, en France, est autour de 40 ans. L’âge moyen d’un lecteur de quotidien papier, toujours en France, est autour de 60 ans. C’est une situation comparable avec les USA, par exemple.
9- Les quelques chiffres dont nous disposons, montrent qu’en gros un peu moins de la moitié des lecteurs des sites de la presse quotidienne en ligne ne lisent jamais le quotidien papier. Aux USA, où nous avons des chiffres, c’est 40% des 55 millions de visiteurs d’un site de PQR qui ne sont jamais en contact avec la version print.
10- La vente de contenu d’info locale en ligne ne rapporte que de très faibles revenus. En France, par exemple, les chiffres qui circulent sont entre 2 000 et 20 000 euros par mois.
11- Les sites avec le payant qui domine ont un trafic de très loin inférieur aux sites où le gratuit domine. El Pais a fait la dure expérience du passage au payant. Il est revenu au gratuit. Et, entre temps, a perdu sa place de leader sur le net au profit d’El Mundo. En France, le site du Parisien a, par exemple, perdu plus de 60 % de son audience depuis qu’il est passé au payant. Il ne génère que de très faibles revenus. Qui plus est, les ventes du Parisien seul ont reculé en 2005.
Questions à se poser si on pense à la locale payante
1- Est-ce que la même information que j’ai de plus en plus de mal à vendre sur le papier, et en particulier au moins de 50 ans (ceux qui sont en ligne), va être vendable sur un site internet ? Le fait qu’elle soit en ligne lui donne-t-elle soudain assez de valeur aux yeux du consommateur pour qu’il mette la main à la bourse ou non ?
2- Si la réponse est non à la première question, parce qu’à audience différente contenu différent, ai-je les moyens humains et financiers de générer un contenu totalement nouveau ?
3- Si je fais payer pour l’info exclusive sur mon site, ici la locale, est-ce que je vais faire assez d’audience avec le reste pour intéresser des annonceurs et donc générer des revenus publicitaires ? Rappelons que le CPM est à 4 euros.
4- Si j’ai une partie gratuite d’info géné nationale et internationale, cela suffira-t-il à créer de l’audience et donc du revenu publicitaire ? Puis-je parier sur de l’info où je n’apporte que peu de plus value pour attirer de l’audience ?
5- Si la réponse est non, quels sont les outils (contenus et services) que je sais faire aujourd’hui qui vont générer du revenu sur le net ? Les PA ? Rappelons que le marché des PA est entrain de s’effondrer pour les journaux aux USA.
6- Existe-t-il des chiffres qui démontrent que la mise en ligne gratuite de l’info locale a fait perdre des lecteurs à un quotidien local ?
7- Quels sont les quotidiens locaux qui font payer ? Quelle est la progression de leur CA ?
Notre réflexion
Internet est, avant tout, un business de volume. Il faut beaucoup de visiteurs et de pages vues pour gagner de l’argent. Et beaucoup plus que dans les médias traditionnels au regard du prix de la pub sur le net et du peu de gens qui sont prêts à payer pour de l’info en ligne. Le gros volume que la presse locale produit, c’est la locale. En mettant cette locale, ainsi que ses archives, derrière un mur payant, elle se prive du contenu qui lui permet de faire la majorité de son volume. Et sans volume, pas de revenus publicitaires intéressants.
Faut-il donc continuer à perdre des lecteurs et des parts de marché publicitaire sur le print et ne pas ou peu générer de revenus pub sur le web car le volume n’est pas au rendez-vous ? Ou faut-il prendre le risque du "tout gratuit" sur le web, et éventuellement de perdre quelques lecteurs, en pariant sur la création d’une importante audience — grâce d’abord au contenu existant et aux archives du journal ? Augmentation de l’audience se traduisant, en général pour les quotidiens, par augmentation du chiffre d’affaires publicitaire.
À lire sur le même sujet :
très bon post de Benoît Raphaël ici qui vient ajouter des éléments à la réflexion
un autre bon post (ici - en anglais) de Alan Mutter qui prévoit que la presse quotidienne américaine aura besoin de générer 25% de ses revenus d’ici à 2016 hors des produits papiers, pour faire fasse à sa perte de trésorerie, à ses dépenses courantes et aux remboursements d’emprunts. Excellente analyse chiffrée. Rappelons que la presse quotidienne américaine a fait en moyenne une marge de 20 % en 2005. Ce n’est pas le cas de la PQR française.
15 Sorrell To Analog : It’s Time To Read The Writing On The Blog (Media Daily News du 10/11/06)
TRADITIONAL MEDIA COMPANIES HAVE TO wise up. Their businesses are not going to be as profitable as before, now that the transfer of profitability moves from owners to consumers, declared Sir Martin Sorrell, CEO of holding company WPP, at a panel yesterday.
"The Digital Media Revolution," hosted by newsmagazine The Week and The Conference Board, featured Sorrell and three other top executives trying to negotiate their way through the new media landscape : Mel Karmazin, CEO, Sirius Satellite Radio ; Dan Rosensweig, COO, Yahoo ; and Michael Wolf, President/COO, MTV Networks.
Topics ranged from what keeps these executives up at night—China and the rapidly changing Internet—to whether there’s a new tech bubble. (The experts see a possible overvaluation in the stock market, but the field will not contract again as old and new media converge). Another big issue is how to define Google—a "frenemy," in Sorrell’s words, meaning that it’s both friend and enemy. And finally, how can old media monetize new media.
The panel was marked by ongoing sparring between moderator Sir Harold Evans, The Week’s editor at large, and the panel. Evans, a loyalist of the old regime, was particularly vocal during a discussion of the digital-media revolution.
Sorrell even mused that Evans probably wasn’t the right person to moderate, because he acted as if "information is the privilege of elite members of society"—a position he can’t abide. "I have a real problem with the point of view that you or I know better than any of our consumers," said Sorrell.
All the executives gave reasons why public companies were having a hard time keeping up with private companies in the new media world. Karmazin chalked it up partially to a bottleneck of older talent looking to make more money while atop larger companies that were keeping young talent at bay.
Rosensweig also noted that old media is not savvy enough about the capabilities of the Internet to be spending its ad budget there.
Wolf said MTV Networks’ ability to grow organically was the model that others should emulate, pointing to online gaming space Nick Turbo as an example of cross-platforming that was accomplished without acquisition or stifling young creatives.
Everyone lamented the continuing decline of print publications, particularly in the area of news, where immediacy is increasingly important. But Rosensweig said there will always be room for the No. 1 magazine in a category—particularly in the area of long-form analysis or glossy celebrity and style categories.
A magazine brand can continue to prosper, Karmazin added, as long as it concentrates on the brand and not the print publication itself. It must be available whenever the consumer wants it. He pointed to two Sirius partners—Cosmopolitan and Nascar—as good examples. Cosmo has branched out into radio, products, online and other outlets ; Nascar strikes race coverage, news and feature deals across a variety of platforms : satellite radio, terrestrial radio, Internet, cell phone.
Nobody suggested that traditional media was going away. TV is still the best way to get the largest amount of people in the shortest time for the least money," said Sorrell.
But a movement is coming. For now, ad budgets don’t reach the level that corresponds with the amount of time people spend online, Rosensweig said. He cited a car example : 70% to 80% of car sales are influenced by Internet research, yet only 10% of car companies’ ad budgets are placed there.
16 Presse Magazine (Stratégies du 19/10/06)
Après une année 2005 en baisse sensible, la diffusion payée des magazines devrait être étale en 2006, tandis que les investissements publicitaires montrent des signes de reprise. Revue de détail.
On respire enfin ! Après une année 2005 difficile, la presse magazine sort de l’ornière. « La tendance est à la stabilisation », note Patrick Bartement, directeur général de l’OJD, organisme qui certifie la diffusion des titres de presse en France. La baisse enregistrée l’an passé, de l’ordre de 2,85 % sur le critère de la diffusion France payée (critère privilégié par le marché publicitaire), devrait donc se fondre dans les chiffres globaux de l’année 2006. De même, le marché des investissements publicitaires montre des signes de reprise. Une double singularité, par rapport à la situation des quotidiens nationaux.
« Il existe un effet de base, remarque Éric Trousset, directeur marketing du pôle investissements publicitaires de TNS Media Intelligence. La comparaison s’effectue sur une année 2005 qui était déjà en baisse par rapport à 2004... N’oublions pas que le premier trimestre 2006 a été plutôt bon pour l’ensemble des médias : il est donc logique que la presse magazine en bénéficie. » Presque tous les segments de la presse magazine sont en hausse, en tout cas en termes de volume publicitaire. « On a aujourd’hui le sentiment d’entendre un véritable discours sur la presse magazine : la profession a fait d’énormes progrès pour parler d’une seule voix en tant que média, et pas de régie à régie, estime Éric Trousset. Le discours évolue, de même que l’offre produit. On a l’impression d’être face à un média qui bouge. » La recherche de nouveaux -canaux de distribution via le numérique, comme Internet et même le -téléphone, est en marche. De quoi redonner le moral dans un secteur globalement déprimé, entre chômage croissant des jeunes journalistes et arrêts de titres. « Aujourd’hui, par rapport à d’autres médias, l’un des principaux problèmes que rencontre la presse magazine, c’est sa mesure d’audience », analyse Éric Trousset. Sur la base des chiffres intermédiaires de l’OJD et de TNS Media Intelligence, revue de détail de la presse magazine, famille par famille.
Presse TV
Soulagement : les vaches à lait des groupes de presse, en l’occurrence les titres de presse télévisée, ont quasiment jugulé leur chute en termes de diffusion. La famille, qui représente 834 millions d’exemplaires au total, recule, certes, de 2,5 %, mais c’est quasiment moitié moins qu’en 2004-2005 (- 4,6 %). Les quinzomadaires lancés en 2004 par Prisma Presse, qui ont fait souffler un vent de panique sur le secteur, ne s’en sortent pas trop mal : TV grandes chaînes progresse de 12,63 % et Télé 2 semaines enregistre une baisse de 7,09 %. Le plus touché par la chute est Télé DVD 7 (groupe Hommel, - 29,55 %). Parmi les mastodontes, TV magazine (Socpresse), reste le leader incontesté, avec 4 550 672 exemplaires (- 1,89 %), suivi de TV hebdo (HFM, 1 746 504 ex., - 1,57 %), TéléZ (EPM 2000, 1 715 687 ex., - 2,12 %), et Télé 7 jours (HFM, 1 646 532 ex., - 6,45 %). Des baisses à un seul chiffre mais qui, « sur des diffusions pareilles, représentent de gros volumes », souligne Patrick Bartement. Cela dit, la presse TV pourrait bien tirer son épingle du jeu en 2007, avec l’accession de la grande distribution aux écrans télévisés. « L’atout incontesté de cette famille de presse, dont la distribution est le premier annonceur, reste sa puissance », rappelle Éric Trousset.
News magazines, actualité
L’OJD établit une distinction dans la catégorisation des titres : la famille « news » d’un côté, la famille « actualité générale et société » de l’autre. La première, avec pour figure de proue Le Nouvel Observateur (groupe Perdriel), reste d’une remarquable stabilité, avec une évolution de + 0,1 %. Sans doute parce que la diffusion de ce type de titres repose sur un portefeuille d’abonnés fidèles, qui souscrivent pour des durées de plus en plus longues. L’Express a, l’an passé, changé de jour de parution, passant du lundi au jeudi : bien lui en a pris, la diffusion de l’hebdomadaire, racheté à Dassault par le groupe belge Roularta (et dont le président-directeur de la rédaction, Denis Jeambar, désormais remplacé par Christophe Barbier, est parti pour les éditions du Seuil), remonte de 2,13 %. Le Point (Pinault), piloté par Franz-Olivier Giesbert, poursuit sa success-story avec 2,96 % de progression. Dans la famille « actualité générale et société », Paris Match (HFM), continue à tenir le haut du pavé. Après une année mouvementée qui a vu l’éviction de son directeur général Alain -Genestar (remplacé par son adjoint Olivier Royant), le titre accuse néanmoins une chute de sa diffusion (- 5,52 %). Une progression remarquable à signaler : celle du Monde des religions (Le Monde), qui bondit de 15,90 %, à 47 969 exemplaires.
Presse
Le mot qui vient à l’esprit est « prospérité ». Avec une progression globale de la diffusion de 13,97 %, cette famille fait partie des mieux loties. « N’oublions pas que les progressions ne sont pas toutes établies à périmètre comparable », prévient Patrick Bartement. Challenges (Le Nouvel Observateur), par exemple, est passé d’une périodicité mensuelle à hebdomadaire, ce qui change la donne et explique le bond énorme qu’a effectué le titre en termes de nombre de pages de publicité : + 696 % ! Quant à Management (Prisma Presse), il confirme sa reprise avec une augmentation de 29,95 % de ses ventes, l’une des meilleures performances de la famille. Les titres du groupe L’Express-Expansion (Roularta) sont en bonne forme, en particulier L’Entreprise (+ 5,54%).
Féminins
Qui dit presse féminine dit subtilité... Comme celle qui distingue la famille des féminins généralistes de celle des féminins plus axés mode. La première marque le pas, avec une baisse globale de 2,94 % et des leaders aux diffusions colossales, comme Version femina (HFM-Socpresse, 3 676 285 exemplaires, - 1,54 %) et les deux titres de Prisma Presse, Femme actuelle (1 128 355 ex., - 5,41 %) et Prima (578 437ex., - 8,18 %). Le glamour fait toujours autant recette auprès des lectrices, puisque la famille « féminins mode » a progressé de 3,74 %. Les nouvelles formules y sont sans doute pour quelque chose. Notamment pour Biba (Mondadori, 223 190 ex., + 17,08 %) et Isa (HFM, 184 631 ex., + 23,07 %), élu féminin de l’année par le jury du Syndicat de la presse magazine et d’information lors des derniers Prix de la presse magazine. L’un des petits nouveaux du secteur, celui du groupe Condé Nast, Glamour, (re)lancé en 2004, s’est fait une place au soleil avec 284 281 exemplaires et surtout une pagination publicitaire en hausse de 26 %. Qu’on se le dise, malgré le nombre et la variété des titres féminins, la famille n’est pas embouteillée. Tel est en tout cas l’avis d’un expert en la matière, Axel Ganz. L’ancien président de Prisma Presse doit lancer, le 23 octobre, l’hebdomadaire Jasmin, qui se veut à mi-chemin entre Femme actuelle et Elle (HFM), et a déjà fait son petit effet dans les agences médias.
People
Beaucoup pensaient, il y a encore deux ans, que les Français ne mangeaient pas de ce pain-là et resteraient indifférents aux sirènes de la presse people. Or, si l’on n’atteint pas encore la frénésie observée chez nos voisins d’outre-Manche, il faut désormais compter avec les Public (HFM) et autres Closer (Mondadori), qui se sont rapidement fait une place en kiosques. La famille bondit de 15,53 % grâce au très joli score de Public (+12,64%). Et il semblerait même que les annonceurs, réputés rétifs à ce type de presse, viennent désormais plus volontiers : la pagination publicitaire de Closer a augmenté de... 753 %, ce qui paraît normal puisque l’hebdomadaire à la couverture rose pétant a été lancé il y a un peu plus d’un an... Le vétéran Voici (Prisma Presse), attaqué de toutes parts par cette nouvelle concurrence, résiste bien. L’hebdomadaire, qui a revu sa formule cette année, progresse de 1,58 %. Le printemps 2006 a vu un nouveau lancement, pour le moins discret, celui de l’hebdomadaire Bon Week (Bauer), à l’aspect plus bas de gamme que celui de ses concurrents, dont on ne connaît pas encore les chiffres de diffusion.
Masculins
Patatras ! On le pressentait depuis plusieurs mois, c’est désormais avéré. La presse masculine traverse une mauvaise passe, avec une chute de 25,19 % de ses ventes. Même les vedettes du secteur connaissent des baisses à deux chiffres : - 20,20 % pour Entrevue (HFM), - 19,15 % pour Newlook, - 14,44 % pour FHM (Mondadori), etc. Men’s Health (Axel Springer) a déclaré forfait, Maximal (HFM) a cessé de paraître... mais pourrait revoir le jour avec l’éditeur Michel Birnbaum, éditeur de Playboy et de Newlook, qui a racheté la licence du titre. Pour l’heure, Internet et la téléphonie saignent à blanc cette famille qui s’adresse à des hommes plutôt jeunes, adeptes de nouvelles technologies, et qui trouvent tous les contenus coquins et potaches qu’ils désirent sur le Web. Le quinzomadaire Guts, piloté par l’éditeur d’Entrevue, Gérard Ponson et l’animateur Cauet, a sombré corps et âme. FHM, quant à lui, a récemment revu sa copie avec une nouvelle formule qui ambitionne de faire moins dans le trash et plus dans le conseil aux lecteurs. La situation en Grande-Bretagne, patrie des « lads mags » (magazines pour garçons) avec des titres comme Loaded et Zoo, ne donne guère de raisons d’être optimiste : les titres pour hommes y mettent la clé sous la porte les uns après les autres. La solution est peut-être dans le haut de gamme : des magazines comme L’Optimum (Éditions Jalou) ont le vent en poupe, avec une progression de 14,71 %.
Familleet seniors
L’année 2006 a été celle du lifting pour la presse senior : les deux leaders, Pleine Vie (Mondadori, 921 288 exemplaires, - 7,47 %) et Notre Temps (Bayard, 889 228exemplaires, - 4,50 %) ont changé de formule pour s’adresser à une population qui considère ne pas faire partie du troisième âge. Nous n’en sommes pas encore au stade des pays nordiques, qui acceptent avec plus de sérénité le passage des ans... Bayard a en tout cas lancé à la rentrée Vivre plus, qui veut séduire les quinquagénaires pas encore à la retraite. D’une manière globale, le segment « presse familiale » arrive à contenir son érosion, avec une baisse totale limitée à 2,62 %.
Adolescents
Les jeunes ne liraient-ils plus ? Le mythique Salut, descendant de l’incontournable Salut les copains des années yé-yé, a déclaré forfait. Mood, le projet de Psychologies (Jean-Louis Servan-Schreiber/HFM) destiné aux jeunes filles, s’est rapidement rapatrié sur le Net. En effet, comme pour la presse masculine, Internet et la téléphonie ont été de redoutables aimants pour ce lectorat qui, argent de poche oblige, arbitre au plus serré sa consommation médias... Résultat : les ventes de cette famille de presse chutent de 19,58 %. Enfin, Internet et ses forums de discussions attirant des jeunes du monde entier ne semblent pas rendre nos chères têtes blondes plus anglophiles... La diffusion de titres comme I Love English (Bayard, - 6,05 %), -Vocable anglais (SME & Cie, - 13,12 %), ou Today in English (- 11,92 %) a souffert. Pour ce qui est de la presse destinée aux adolescentes, qui fait la part belle aux célébrités, ce n’est guère plus brillant : - 18,40 % pour Fan 2 (M6), et - 38,19 % pour Star Club (EDI-Presse). Les magazines éducatifs, comme Science & Vie Junior (Mondadori, - 4,98 %) et Phosphore (Bayard, - 9,71 %), souffrent moins. Un cas d’école à méditer : aux États-Unis, le magazine Elle Girl, qui ne déméritait pourtant pas en kiosques, est passé entièrement sur le Web, afin de mieux répondre aux attentes de ses jeunes lectrices.
Maison, décoration
On observe un léger repli pour la presse de la maison, de la décoration, du bricolage et du jardin, qui voit sa diffusion baisser de 2,81 %. Les lecteurs souhaitent certes continuer à rêver devant des demeures d’exception aux meubles conçus par des designers, via des titres comme AD (Condé Nast, 74 687 exemplaires, + 1,03 %) et Ideat (Roularta, 59 712 exemplaires, + 13,77 %), mais ils veulent aussi transposer les conseils d’ameublement chez eux sans se ruiner, comme en témoigne le succès de titres plus « pratiques », comme C’Déco (Éditions Ventillard, 53 748 exemplaires, + 29,91 %) et Maison créative (Uni-Éditions, 245 752 exemplaires, + 15,25 %). L’une des références du secteur, Elle Déco (HFM, 160 218 exemplaires, + 3,03 %), s’apprête d’ailleurs à changer de formule le 19 octobre, en se réorientant sur la décoration et le shopping.
Automobile
L’amour de la grosse cylindrée n’est plus ce qu’il était. Essence trop chère, vitesse condamnée, comportements non écologiques vilipendés... Alors que le marché de la voiture neuve est en baisse, on affiche également moins sa passion pour l’automobile. Cela se ressent dans les chiffres de diffusion : -7,52 % pour les magazines de cette famille de presse. Les titres spécialisés, comme ceux consacrés au tuning, souffrent particulièrement, à l’instar de Maxi -tuning (Motor Presse, 33 580 exemplaires, - 28,91 %) et ADDX (Mondadori, 78 061 exemplaires, - 26,92 %). Prenant acte de cette désaffection du lectorat, l’un des piliers du secteur, Auto plus (Mondadori, 308 437exemplaires, - 5 %), vient de changer de formule, avec une ligne éditoriale qui veut dédramatiser l’automobile en proposant des services au lecteur.
17 Les rédactions en route vers une formule bimédia (Stratégies du 9/11/06)
Pour se relancer, les éditeurs misent sur une plus grande complémentarité entre leur support et Internet. Reste à convaincre les journalistes, amenés à revoir leur façon de travailler.
Les éditeurs du monde entier ne jurent plus que par lui. Après le Wall Street Journal, le Financial Times ou encore le Daily Telegraph, qui ont fusionné leurs rédactions Web et papier (lire ci-contre), c’est au tour des médias français de jouer la carte du bimédia. Le quotidien économique La Tribune marche sur les pas de Libération en proposant, le 20 novembre, une nouvelle formule bimédia. L’idée n’est pas tant de fondre les équipes Internet et papier que d’établir une complémentarité entre les deux supports. La direction du quotidien, qui se refuse pour l’heure à dévoiler les grandes lignes de ce renouveau, devra encourager les synergies entre les deux rédactions. Celle du Web comptera bientôt neuf personnes, contre six aujourd’hui, et sera renforcée, à tour de rôle, par des rédacteurs de chaque service de l’édition papier.
Les régies adaptent leurs offres
À L’Express, le nouveau directeur de la rédaction, Christophe Barbier, ne cache pas non plus son intention de renforcer le Web. « Parce qu’il s’agit d’un outil éditorial majeur et qu’il représente un espoir économique pour l’avenir de la presse », souligne-t-il. Mais la réorganisation se veut plus souple. Si ce n’est que la conférence de rédaction a désormais lieu tous les matins à heure fixe, et non plus trois fois par semaine, et qu’elle est ouverte par le rédacteur en chef de lexpress.fr, qui demande aux journalistes de l’hebdomadaire de contribuer au Web dans leur domaine d’expertise. « Ils peuvent alimenter le site par un papier de deux feuillets, par trente secondes devant la caméra ou, tout simplement, en communiquant le numéro de téléphone d’un expert », explique Christophe Barbier.
Les médias audiovisuels ne sont pas en reste : la chaîne d’information LCI, qui a intégré en mars dernier l’équipe Web du groupe TF1, invite également les journalistes Internet à participer aux conférences de rédaction. « On les a installés au cœur de la rédaction, ce qui est une symbolique forte pour démontrer qu’aujourd’hui, Internet n’est plus un business périphérique, mais le second poumon de la chaîne », insiste Jean-François Mulliez, directeur général adjoint de LCI.
Ces changements ont également des conséquences pour les régies publicitaires. « Le courant va en ce sens, indique Pierre Conte, président de Publiprint, la régie publicitaire du Figaro et de ses suppléments. Même si, comme le marché est encore sectorisé par média, la fusion des régies Web et papier n’est pas à l’ordre du jour. » En attendant un rapprochement, la régie proposera, dès 2007 pour le secteur de la communication financière, un seul tarif bimédia, avec parution simultanée sur les deux supports. Idem pour Zefir Web, la régie Internet des groupes Publiprint-Figaro et Express-Expansion, qui déclinera l’an prochain les opérations spéciales du support papier sur la Toile. « Nous formons depuis six mois nos commerciaux du journal à savoir vendre du Web », souligne Pierre Conte.
Des métiers en pleine évolution
Signe d’une évolution profonde, les métiers nés de la bulle Internet, et disparus avec son explosion, réapparaissent. On assiste ainsi au retour des commerciaux exclusivement spécialisés dans le montage de partenariats sur Internet et à celui des référenceurs, lesquels ont pour mission de doper l’audience des sites Internet pour être mieux référencés sur les moteurs de recherche. Publiprint en a récemment recruté deux.
Quant au métier de journaliste, il devra également s’adapter au bimédia, quitte à transformer profondément la façon de travailler. Le mot d’ordre est la polyvalence. « Le multimédia, c’est du son, de l’image et de l’écrit », résume Fabrice Jouhaud, directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ). Autant dire, trois métiers différents et beaucoup de compétences nouvelles à acquérir. Les écoles de journalisme ont pris acte de la nouvelle donne au point d’avoir quasiment enterré la spécialisation presse écrite. « Dorénavant, nous orientons tous les étudiants souhaitant devenir rédacteurs-reporters - un tiers de ceux de la promotion actuelle - vers notre filière multimédia, relancée cette année », indique Fabrice Jouhaud.
Pour le Web des journaux, un tropisme presse écrite n’est d’ailleurs pas forcément un atout. Témoin, Laurent Guimier, ancien rédacteur en chef du 7/9 d’Europe 1, qui vient d’être recruté pour diriger la rédaction du site lefigarofr. Les formations continues axées multimédia ont elles aussi le vent en poupe puisque « une dizaine de rédactions de la presse quotidienne viennent d’y inscrire des salariés », selon Valérie Payet, responsable du département presse écrite du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ).
Toujours plus de contenu
Encore faut-il convaincre les journalistes de passer au multimédia. « Ils ont tous conscience qu’il s’agit d’une nécessité pour l’avenir de la presse, souligne Fabrice Jouhaud. Mais, en même temps, nombre d’entre eux vivent ce passage du papier vers le Web comme une sorte de dégradation professionnelle. » Aussi, la majorité des rédactions privilégient l’incitation plus que la contrainte.
Pour « donner envie » à sa rédaction de travailler pour lexpress.fr, Christophe Barbier, directeur de la rédaction, n’hésite pas à montrer l’exemple en faisant, notamment, un éditorial vidéo quotidien ou un blog sur la présidentielle. D’autres, comme Jean-François Mulliez, de LCI, présentent le Web comme une nouvelle fenêtre d’expression susceptible de pallier la frustration des reporters. « L’information en continu sur notre site peut permettre au journaliste qui est allé sur le terrain de passer un reportage plus long que celui d’une minute trente qui aura été diffusé à l’antenne », explique-t-il.
Reste que travailler sur deux supports implique aussi une charge de travail supplémentaire. « En définitive, nous devrons produire plus de contenu à moyens constants », résume un journaliste de La Tribune. Et Danielle Darras, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ), de prévenir : « Les journalistes n’ont pas quatre bras. Pour que le passage au multimédia ait une chance de sauver la presse, il faut se focaliser sur la qualité des contenus. » Un avertissement pour ceux qui ne verraient dans le passage au bimédia qu’un moyen de réduire la masse salariale.
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